‹ La philosophie de Taine: essai critiqueChapitre 40 sur 181 · Philosophie de VArt, Tome II, p · texte numérisé non relu

Philosophie de VArt, Tome II, p

de la perception sensible, tantôt comme des sensations par la voie de la conscience. Ce sont des phénomènes à double face, lune externe, l'autre interne.

Dès lors pour pouvoir affirmer que les mouvements qui constituent toute la réalité des corps bruts, sont des sensations rudimentaires, il faudrait • tout d'abord faire voir que ces mouvements moléculaires sont de même nature que ceux qui constituent la face externe des sensations ; ensuite il faudrait prouver que les phénomènes qui ont pour face externe ces mouvements moléculaires, quelque rudimentaires que ceux-ci puissent être, s'accompagnent nécessairement d'une face interne, c'est-à-dire de sensations plus ou moins accusées. Car s'il était vrai que les sensations s'accompagnent toujours de mouvements moléculaires, il ne s'en suivrait pas nécessairement que ceux-ci fussent, dans les corps bruts, le concomitant obligé des sensations. Ces mouvements moléculaires sont la conséquence de certains phénomènes ; les sensations en sont une autre. Où voit-on la nécessité du lien qui réunit ces deux conséquences î Ces mouvements moléculaires ne peuvent-ils se produire que conjointement à une activité psychique ?

En vérité, des preuves, en pareille matière, s'imposent. Et à leur défaut, nous répugnerons toujours à admettre cette extension de la psy- <îhologie, logique assurément dans un panthéisme naturaliste, mais qui heurte de front les données scientifiques actuellement acquises.

Une remarque encore à propos des principes de Taine sur la constitution de la matière sensible. Une chose ne peut être à elle-même sa condition : la loi suprême ne peut poser ellemême des conditions à son exercice. Dès lors, comme en dehors d'elle tout est néant, son exercice sera nécessairement inconditionné. S'il en était ainsi, le monde se trouverait figé dans un •état statique absolu. Comment expliquer, en effet, les changements qui se produisent dans la nature ?

On pourrait dire que la manifestation pro- {(ressive de la loi suprême constitue le devenir des choses. Mais alors on n'expliquerait pas la permanence des formes, ni la stabilité des types,

Il y a bien une explication : c'est de dire que ce Dieu universel et multiforme, est esprit, qu'il dirige son activité d'une manière consciente et

libre. Mais c'est renoncer au déterminisme, et accueillir le premier anneau d'une chaîne de conséquences qui bouleverseraient totalement le système que Taine a défendu.

On le voit, la <( part de conjectures » risque d'être fort grande, trop grande pour laisser encore à la certitude, dans ces spéculations philosophiques, une place suffisante pour y asseoir ses appuis.

Taine

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