Ibidem, pp. xviii-xix
Voilà toute la nature des facteurs primordiaux : ce sont de véritables forces, dont l'influence se distribue en cascade dans les divers ordres de faits qui composent une civilisation.
« Si Ton dresse la carte psychologique des événements et des sentiments d'une civilisiation humaine, on trouve d'abord cinq ou six provinces bien tranchées, la religion, l'art, la philosophie, l'état, la famille, les industries ; puis, dans chacune de ces provinces, des départements naturels, puis enfin dans chacun de ces départements des territoires plus petits, jusqu'à ce qu'on arrive à ces détails innombrables de la vie que nous observons tous les jours en nous et autour de nous. Si maintenant Ton examine et si l'on compare entre eux ces divers groupes de faits, on trouvera d'abord qu'ils sont composés de parties, et que tous ont des parties communes ».
Dans tous ces groupes se rencontre un élément commun qui donne à une civilisation son unité d'allure et la concordance de ses institutions. Il y a ici une loi secondaire qui prolonge l'action de la loi des facteurs primordiaux : la loi des dépendances mutuelles.
(( A présent supposez que cet élément commun reçoive du milieu, du moment ou de la race des • caractères propres, il est clair que tous les grou-
pes où il entre seront modifiés à proportion ».
La loi des influences proportionnelles détermine le degré de pénétration de l'action des facteurs primordiaux et la mesure de Toriginalité que cette action imprime à la civilisation qu'elle contribue à élaborer ^
Que si maintenant nous voulons savoir comment « le dehors impersonnel fait le dedans personnel ^ » et comment « le dedans fait le dehors ^ », nous devrons nous en rapporter à la loi de l'accommodation au milieu et à la loi de la sélection naturelle.
L'action combinée des facteurs primordiaux — action tantôt concourante, tantôt antagoniste * — aboutit à la création d'une « température morale », c'est-à-dire d'un état général des esprits et des mœurs, caractéristique d'un peuple à tel moment de son histoire. Cet état général différera d'une époque à une siutre pour un même peuple et davantage encore d'un peuple à un autre. Il se compose de ces éléments multiples qui constituent une civilisation avec son développement original et ses institutions propres:
.1. Hist. LUI. Angl., Préface, pp. xxxvi à xl, Tome III, pp. 29- 30. ~ Philosophie de VArt, Tome II, p. 22.