‹ La philosophie de Taine: essai critiqueChapitre 49 sur 181 · Hist. Litt. Angl., p. xxix-xxx · texte numérisé non relu

Hist. Litt. Angl., p. xxix-xxx

voulu désigner par le moment une force du dehors. Telle n'est pas, croyons-nous, la pensée de Tauteur de la Littérature anglaise. Matériellement, ce facteur primordial est tout à la fois une certaine conception de Tintelligence et les oeuvres où cette conception s'est incarnée, mais il n'est formellement une' force, que dans cette conception de Tintelligence, et, à ce titre il est véritablement une force du dedans.*'

« Regardez... quelqu'un de ces larges développements qui embrassent un ou plusieurs siècles, comme le moyen âge ou notre dernière époque classique... Une certaine conception dominatrice y a régné ; les hommes, pendant deux cents ans, cinq cents ans, se sont représenté un certain modèle idéal de l'homme, au moyen âge, le chevaUer et le moine, dans notre âge classique, l'homme de cour et te beau parleur ; cette idée créatrice et universelle s'est manifestée dans tout le champ de l'action et de la pensée, et, après avoir couvert le monde de ses œuvres involontairement systématiques, elle s'est âlanguie, puis elle est morte, et voici qu'une nouvelle idée se lève, destinée à ime domination égale et à des créations aussi multipliées. Posez ici que la seconde dépend en partie de la première qui, combinant ses effets avec ceux du

génie national et des circonstances enveloppantes, va imposer aux choses naissantes leur tour et leur direction. C'est d'après cette loi que se forment les grands courants historiques, j'entends par là les longs règnes d une forme d'esprit ou d une idée maîtresse... ^. »

Cette forme d'esprit ou cette idée maîtresse est un produit de rintelligence, et, encore qu'elle s'exprime dans des œuvres extérieures, il n'en reste pas moins, qu'à titre de condition d'une forme d'esprit ou d'une idée maîtresse ultérieure, elle soit une force du dedans, c'est-à-dire un facteur dont l'origine et l'efficacité sont psychologiques.

L'histoire de l'humanité n'est que le. récit du jeu combiné des facteurs primordiaux, véritables divinités, maîtresses des destinées de l'homme. Ces forces omnipotentes ne sont pas des êtres métaphysiques cachés au sein des choses : elles sont ces choses elles-mêmes. Le climat ne désigne, en effet, que le degré de température, la configuration du sol et la couleur du ciel, le milieu physique que constitue un endroit quelconque de notro^ planète. Divers animaux y vivent, parmi lesquels l'homme, le mieux orga-

1 Hist. Litt. Angl, Préface, p. xxxi. — La Fontaine, p. 218. Voyage en Italie, T. I, pp. 384-385.

nisé de tous, qui doit comme ses voisins s'adapter au milieu. Le climat agit sur lui, fait naître les besoins de ses organes, et, par eux, la forme originelle de son esprit ^. C'-esl là Torigine des façons de penser et de sentir qui constituent la race, en ce qu'elles groupent et rassemblent d'une certaine manière les premiers éléments psychologiques pour les verser dans le tout d'une sensation ou d'un sentiment ^. C'est pour cette raison, qu'on dit que l'influence de l'élément race, est, dans son essence, une systématisation des éléments psychologiques simples dont la combinaison variée constitue les opérations de l'âme qui sont l'âme elle-même, tout comme l'essence de la force cristallomorphique est une systématisation en six genres des éléments simples du solide recliligne.

Cette influence systématisatrice atteint d'abord les représentations et ensuite le développement de ces représentations, spéculatif ou pratique, selon qu'il aboutit à une conception générale ou à une résolution active ^. Le moment ne désigne qu'une spécification plus grande des façons de penser et de sentir.

1. Hist. Litt. AngL, T. I, p. v et pp. 3 à 7. — T. Il, p. 80. — Philosophie de VArt, T. II, p. 93.

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