L'HOMME. — LA PSYCHOLOGIE
TAiNE n'aimait guère les traités de philosophie. Il estimait que Texposé d'un système ne peut être fait au début d'une carrière philosophique ; une vie humaine suffit à peine à réaliser le programme d'expériences et de recherches qu'il suppose. La doctrine ne peut venir qu'ensuite, comme le couronnement d'une œuvre, comme la systématisation des résultats de ces expériences et de ces recherches.
Très sincèrement, Taine a voulu se conformer à ce programme de vie. En fait, la conception de sa philosophie a précédé ses recherches expérimentales, et les résultats qu'il poursuivait devaient servir bien moins à édifier une doctrine nouvelle, qu'à confirmer des idées
préconçues. Mais il avait Tillusion de n'avoir eu pour point de départ qu'une méthode. <( Le point de départ de mes études n'est pas une conception a priori, une hypothèse sur la nature ; c'est une remarque toute expérimentale et très simple, à savoir que tout abstrait est un extrait, retiré et arraché d'un concret, cas ou individu, dans lequel il réside ; d'où il suit que pour le bien voir, il faut l'observer dans ce cas ou individu, qui est son milieu naturel... — La doctrine, si j'en ai une, n'est venue qu'ensuite ; la méthode a précédé \ »
Il s'agissait donc de replacer les « extraits » dans leur milieu naturel, de faire en quelque sorte des « monographies ». De là l'exposé très peu systématique de la philosophie de Taine ; le résultat de ses expériences, les idées générales qu'il en a induites, se trouvent répandues dans toute son œuvre, au terme d'un livre d'histoire, de critique ou même de fantaisie ; il faut tout lire pour connaître une partie quelconque de sa doctrine. Cependant, dans la longue série de ses ouvrages, il en est deux, La Philosophie de VArt et De llntelligence, qui «ont véritablement des traités. Le premier est