Les origines. La Révolution, Tome IIÏ, pp
que, comme la science, il a pour source une longue accumulation d'expériences; les hommes, après une multitude de tâtonnements et d'essais, ont fini par éprouver que telle façon de vivre ou de penser était la seule accommodée à leur situation, la plus praticable de toutes, la plus bienfaisante... \ »
A ce litre la religion rentre donc dans Tétude des phénomènes sociaux ; elle n'est pas seulement la vie intérieure des âmes, elle est aussi le grand ressort de leur activité extérieure et sociale ; il n'est pour ainsi dire pas de peuple dont la destinée ou le sort n'ait été influencé par la religion qu'il a pratiquée. La philosophie sociale, pour être complète, devra donc entreprendre l'étude du phénomène religieux.
Taine n'y a pas manqué et il s'est efforcé de déterminer les étapes de la genèse de toute religion. En elle-même, la religion est un rêve poétique, un poème légendaire qui éclot dans les âmes sous le choc des émotions qu'y produit le spectacle de la nature. On divinise les choses parce que les choses sont divines : chaque paysage a son dieu. Les fondateurs de religion ne font que préciser et interpréter ce que
1, Ibidem, Ancien Régime, pp. 270 271.
leurs contemporains ont dans le cœur ou dans l'imagination : leur doctrine se transmet de génération en génération et elle devient alors une des formes du préjugé héréditaire, c'est-à-dire une véritable force sociale ; car une doctrine, qu'elle soit religieuse, sociale, politique, ou même scientifique, ne devient active qu'en tant qu'elle revêt la forme du préjugé héréditaire.
(( Pour entrer dans la pratique, pour prendre le gouvernement des âmes, pour se transformer en un ressort d'action, il faut qu'elle se dépose dans les esprits, à l'état de croyances faites, d'habitude prise, d'inclination établie... Alors seulement elle devient une force sociale ^ »
Et alors aussi elle entre véritablement dans le domaine des faits sociaux, elle devient une institution sociale.
Nous avons vu, en traitant de la sociologie générale, comment se forment les sociétés humaines; il nous reste à voir comment elles s'organisent. Et ici comme là, il faut rechercher des lois. L'organisation sociale, en effet, n'est pas une œuvre de hasard ; comme toute inslitu-