Philosophie de VArt, Tome II, pp
croissance. Pareillement, dans une religion, il y a une conception nouvelle de la nature et de la conduite humaine, qui se complète par son propre effort ,mais qui en même temps reçoit des circonstances une impulsion distincte... et, dans le grand arbre qui est sorti du petit germe, on démêle à la fois ce qui provient du germe et ce qui provient du milieu ^. »
Le christianisme a rencontré des circonstances qui ont déformé la croissance de son germe primitif ; de là son caractère austère et antinaturel, sa tendance à détourner les regards des choses de ce monde pour les porter vers les espérances de Tau delà. Son influence n'en a pas moins été prépondérante sur une grande portion de l'humanité. C'est que la religion chrétienne a été la ce parole unique » que les hommes attendaient, il y a quelque vingt siècles. « A un certain moment critique de l'histoire, des hommes sortant de leur petite vie étroite et routinière, ont saisi par une vue d'ensemble l'univers infini ; la face auguste de la Nature éternelle s'est dévoilée tout d'un coup ; dans leur émotion sublime, il leur a semblé qu'ils apercevaient son principe. »
1, Nouveaux Essaie de Critique. Le Bouddhisme, pp. 286-287.
Or, (( leur point de vue était le seul auquel les multitudes échelonnées au-dessous d'eux pouvaient se mettre. Pour des centaines de générations, il n'y avait d'accès que par leur voie aux choses divines ^ ».
Cette voie s'est perpétuée, et partant, consolidée à travers les siècles ; elle s'est détachée des hommes qui l'avaient annoncée, pour subsister, inébranlable, au-dessus des générations qui passent ^. Le christianisme avait parcouru les deux étapes de la formation d'une religion : l'objectivation d'émotions subjectives, l'élaboration séculaire du « préjugé héréditaire ». Pour qu'une religion acquière un empire incontesté sur les âmes, il faut, en effet, qu'elle représente une somme d'expériences faites, de solutions heureuses données aux problèmes de la vie, pendant une longue suite de générations ; il faut que le préjugé religieux devienne « héréditaire ». Il constituera alors une véritable force sociale, il deviendra une de ces institutions ineffaçables d'une civilisation, parce que (i le préjugé héréditaire est une sorte de raison qui s'ignore... Quand on le considère de près, on trouve
1. Les origines. Ancien Régime, pp. 272-273. — Hisi. Litt. Angl.^ Tome II, pp. 315, 486 487. — Les Philosophes classiques, p. 290.