‹ La philosophie de TaineChapitre 23 sur 37 · Essais de critique et d'histoire, p. VIII · texte numérisé non relu

Essais de critique et d'histoire, p. VIII

comme on traite, depuis trois cents ans de la science des corps. — Et ainsi, dans toute l'œuvre de M. Taine, on retrouve, circulante et agissante, la même idée générale qui soutient et domine les déductions métaphysiques inspirées de Spinoza.

Indépendamment d'ailleurs de leur utilité pour la psychologie générale et pour la science désintéressée de l'homme moral, ces études de « psychologie particulière » sont susceptibles dès maintenant d'applications pratiques et positives dont nous pouvons faire notre profit. En fidèle disciple des Anglais, M. Taine n'a pas négligé ces applications. Ce « pur penseur ' » a, plus qu'on ne le croit généralement, mêlé sa pensée à la vie active ^ ; s'il ne consentira jamais à « plier la science à nos goûts ^ », il admet, il désire même qu'on cherche à nos besoins un remède et un soulagement dans la science : car n'est-ce pas la science qui doit commencer « la guérison de notre intelligence » et amener pour nos descendants « la sérénité du cœur»? Or la science de l'histoire psychologique est déjà assez mûre pour que nous puissions avoir déjà comme un avant-goùt des services qu'elle est destinée à nous rendre plus tard. Grâce à elle, nous pouvons nous faire de saines idées politiques et constituer une esthétique, c'est-à-dire nous fixer des règles non arbitraires pour travailler aux réformes sociales et pour réaliser le beau. Ces règles, M. Taine a essayé de

1. Hommay, Vidée de la nécessité dans la philosophie de M. Taine (Revue philosophique, t. XXIV, 1887, p. 395).

2. Si Ton voulait prouver que la vie réelle et présente a exercé sur la pensée et la sensibilité de M. Taine plus d'influence qu'on ne le croirait au premier abord, on n'aurait qu'à se rappeler l'article sur Frahz Wœpke {Nouv. Essais), où l'on sent vibrer, sous les scrupules d'une pudeur toute stoïcienne, une émotion si pénétrante et si profonde, l'article {Essais} sur l'opinion en Allemagne et les conditions de la paix, et la Préface de la première édition de VlntelUgence qui sont comme l'écho indigné ou attristé des événements de 1870. — « La i'" et la 2« éd. de VlntelUgence ont été publiées en 1870, mais avant la guerre » [Note inédite de Taine).

Page 1