‹ La philosophie de TaineChapitre 35 sur 37 · Intellifi., I.p · texte numérisé non relu

Intellifi., I.p

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C'est donc sa théorie de la connaissance qu'il faut exposer pour bien se rendre compte du dernier état de sa pensée.

Toujours fidèle à sa méthode expérimentale, qui, par la comparaison et l'analyse minutieuse d'un très grand nombre de faits, remonte aux causes générales ou lois, M. Taine, tout en profilant des travaux d'ensemble de ses devanciers, notamment Condillac, Stuart Mill, Bain et Spencer, a mis à contribution ses vastes connaissances dans toutesles sciences de la nature, les dernières observations des aliénistes et physiologistes, enfin et peut-être surtout ses expériences personnelles sur lui-même ' et sur les autres, et ses études antérieures de psychologie appliquée. C'est de cet amas énorme de faits et d'observations qu'est sortie la doctrine originale développée dans le livre de l' Intelligence ^.

On peut étudier la connaissance à deux points de vue : ou bien (et c'est le point de vue analytique), on peut décomposer la connaissance en ses éléments premiers ; ou bien on peut faire la synthèse de ces éléments et, avec leur aide, expliquer le mécanisme de notre faculté de connaître.

Au point de vue analytique, voici le problème qui se pose. L'homme, à l'état sain, a en quelque sorte la tête pleine d'idées : c'est par les idées qu'il connaît, c'est-à-dire qu'il se représente les objets et lui-même. Or qu'y a-t-il au fond de nos idées et à quoi se ramènent-elles ? — Les idées s'expriment par des noms, c'est-à-dire par des signes d'un genre particulier. Ces signes sont des substituts. Quand je prononce un nom propre, ce nom évoque l'image complète de la personne désignée par ce nom ; il est donc le substitut de cette image. Si je prononce un nom commun, arbre, homme, etc., le nom évoque l'image de certains caractères communs à tous les arbres, ou àtous les hommes que je connais : il est donc le substitut d'une image partielle. Enfin, si le nom commun exprime une idée très abstraite et très générale, comme celle de qualité, de quantité, il n'évoque plus qu'une image assez vague, mais il en évoque toujours une, car nous ne pouvons penser sans image. Mais rien de plus.

1. Intellig. passim et notamment, I, p. 76, 77, 78, 79, 84, 97, 98, etc.

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