‹ La philosophie de TaineChapitre 36 sur 37 · Cf. pour tout ceci Intellig., t. UI, ¥ édition · texte numérisé non relu

Cf. pour tout ceci Intellig., t. UI, ¥ édition

Nos idées donc, même les plus générales, se réduisent à des mots, ceux-ci h des images. Il s'agit de savoir maintenant à quoi se ramènent les images. L'image, à son tour, est a une répétition ou résurrection de la sensation », bien qu'elle diffère de la sensation par son origine, qui est la sensation elle-même; elle est donc un substitut de la sensation. Mais les images renaissent en nous avec un degré plus ou moins grand d'intensité ; parfois, la résurrection est si violente que l'impression faite sur nous est aussi forte que si la sensation même en était l'origine : de là les hallucinations, rêves, extases, etc. Si, à un moment donné, ne surgissaient en nous que des images, nous les prendrions pour des sensations : ce qui corrige notre erreur ta l'état normal, c'est l'opposition des sensations présentes qui. trop foites et trop actuelles pour que l'esprit les mette sur le même plan que les images, relèguent ces dernières dans la région plus pâle des demi-illusions, c'est-à-dire des idées. Mais, en elles mêmes, les images à l'état normal ne diffèrent pas de nos images à l'état d'hallucination ; bien mieux, toute image est apte à devenir une hallucination. Et comme les images sont les substituts des sensations passées, il suit de là que les mots et par suite les idées se ramènent en dernière analyse aux sensations. Celles-ci sont-elles l'élément irréductible de la connaissance ? Autant qu'on en peut juger par l'étude des sensations les mieux connues, celles de l'ouïe et de la vue, chaque sensation perçue par la conscience est un composé de mêmes sensations élémentaires qui ne pénètrent jusqu'à la conscience que si, en s'unissant, elles ari-ivent à former un certain total : de sorte que les origines véritables de nos plus hautes opérations intellectuelles plongent en quelque façon dans des régions de notre être inaccessibles à la claire vision de « l'œil intérieur ». D'autre part, il semble bien « que les innombrables sensations que nous rapportons à un même sens peuv(MU se ramener, pour chaque sens, à une sensation élémentaire dont les différents totaux constituent les dilTérentes sensations de ce sens ». Et peutêtre enfin chacune de ces sensations piimordiales devraitelle se ramener à un type unicjue qui, suivant les dillerentes

proportions dans lesquelles il entre dans les composés, formerait les sensations les plus variées. Et de même qu' « au fond de tous les événements corporels, on découvre un événement infinitésimal, imperceptible aux sens, le mouvement », de même, « au fond de tous les événements moraux, on devine un événement infinitésimal, imperceptible à la conscience, dont les degrés et les complications constituent le reste, sensations, images et idées. Quel est ce second événement, etTun de ces événements est-il réductible à l'autre ? ' » Telle est la question qui se pose maintenant ; et pour la trancher, il faut abandonner l'analyse psychologique pour l'analyse physiologique.

La condition de toute sensation est un ébranlement nerveux, lequel, pour se produire, n'a nullement besoin d'un événement physique extérieur. Ce sont donc les phénomènes nerveux qu'il s'agit d'étudier, et leur corrélation avec les phénomènes moraux. Or, des trois groupes d'événements qui constituent la vie mentale, "images, sensations, actions réflexes, le premier a pour siège les lobes cérébraux ; le second, la protubérance ; le troisième, la moelle épinière : M. Taine admet au moins implicitement par là qu'il y a dans la moelle un élément psychique. Les actions réflexes paraissent être les analogues des sensations rudimentaiies non perçues par la conscience; selon toute apparence, ce sont les éléments premiers de tous les phénomènes nerveux, et on peut les considérer comme les signes des sensations rudimentaires auxquelles nous a conduits l'analyse psychologique poussée jusqu'à ses dernières limites. Nous insistons peu sur les détails de cette enquête psycho-physiologique dont, aussi bien, les conséquences psychologiques et métaphysiques seules nous importent. Ces conséquences, les voici. La nature a deux faces parallèles qui peuvent être connues de deux façons, par le dedans, c'est-à-dire en elles-mêmes ; par le dehors, c'est-à-dire par l'impression qu'elles font sur nos sens. Les portions claires ou obscures de la face physique correspondent rigoureusement aux portions obscures ou claires de la face morale, de sorte

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