‹ La philosophie de Victor Hugo...: philosophie générale, théorie du progrès, applications socialesChapitre 15 sur 37 · LE PROGRÈS INDIVIDUEL II · texte numérisé non relu

LE PROGRÈS INDIVIDUEL II

l'activité, alimenter le flambeau d'intelligence qui éclaire ses pas, se mettre de plus en plus, par la pitié et l'amour, en harmonie avec le reste de la création. 11 ne doit pas perdre de vue qu'il ne travaille pas seulement pour cette vie, mais encore pour une vie ultra-terrestre :

« L'idéal sur la terre, l'infini hors de la terre, c'est là le double but qui est en même temps le but unique, car l'un mène l'homme au progrès et l'autre mène l'âme à Dieu. » (i)

C'est, sous une autre forme, le rappel de cette maxime que nous avons déjà citée, mais à laquelle nous revenons à cause de son importance dans le système de Victor Hugo :

« La loi &OUS ses deux noms, une dans les deux sphères, Vivants, c'est le progrès ; morts, c'est l'ascension. *

La loi du progrès de l'individu sera par conséquent en même temps la loi du progrès social et la loi qui préside au développement universel de la création. Monter toujours plus haut dans la plénitude de vie, devenir de plus en plus autonome tout en participant de plus en plus à la vie de l'ensemble, voilà dans quel sens doit s'exercer l'effort humain. Cette conquête toujours plus étendue, jamais achevée, de l'idéal par la lutte contre la matière est l'expression même de la moralité.

En effet, au point de vue de l'intelligence, Hugo veut que l'on pénètre et domine de mieux en mieux

(i) Post-Scripium de ma vie, p. 164.

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la nature, que l'on aille toujours plus avant dans la compréhension de Dieu, du monde et de ses lois, que par Tart on arrive également à reproduire avec plus de perfection l'harmonie cachée des choses.

« Dieu, dit-il, se manifeste à nous au premier degré à travers la pensée de l'homme... La première s'appelle la nature, la deuxième s'appelle l'art. » (i)

Au point de vue du sentiment, il veut que par la bonté nous élargissions notre être au point de communier, à l'exemple de Dieu, avec tout ce qui nous environne.

Savoir, aimer, telles sont donc les deux grandes directions assignées à l'expansion progressive de notre spontanéité :

« L'homme est un point qui vole avec deux g^randes ailes Dont Tune est la pensée et dont l'autre est Tamour » (2)

Sur la nécessité de la science et sa portée morale, Hugo s'est étendu souvent avec autant de hauteur d'idées que de poésie dans les termes. Il suffit de citer :

« Le livre monde est fait pour qu'on tourne la feuille.

Savoir, c'est vivre, et vivre est le droit. Adorer,

C'est connaître, et la porte aime à voir l'âme entrer.

Quelle que soit la lutte, ou la peine, ou l'épreuve,

Chaque fois que l'homme, humble et que le doute abreuve.

Saisit un fait nouveau dans l'ombre, il a g-oûté

De Dieu, de la lumière et de l'éternité.

C'est bien. C'est vers le jour une marche gagnée.

A grands coups de science, à grands coups de cognée.

(i) William Shakespeare t i" part. L. II. I.

(2) Qtiatre Vents de l'Esprit, III-XLVIII.

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