‹ La philosophie de VoltaireChapitre 104 sur 196 · LIVRE I. — DE DIEU · texte numérisé non relu

LIVRE I. — DE DIEU

BIRTON.

N'allez-vous pas me dire, après tant de déclamateurs, que nous vivrons éternellement quand nous ne serons plus; que nous possédons une ame immortelle, ou plutôt qu'elle nous possède, après nous avoir avoué que les, Juifs euxmêmes. Les Juifs auxquels vous vous vantez d'avoir été subrogés, n'ont j'amais soupçonné seulement cette immortalité de l'ame jusqu'au temps d'Hérode? Cette idée d'une ame immortelle avait été inventée par les braclimanes, adoptée par les Perses, les Chaldéens, les Grecs, ignorée très long-temps de la malheureuse petite horde judaïque. Hélas ! monsieur , savons-nous seulement si nous avons une ame? savons-nous si les animaux, dont le sang fait la vie, comme il fait la nôtre, qui ont, comme nous, des volontés, des appétits, des passions, des idées, de la mémoire, de l'industrie ; savez-vous, dis-je, si ces êtres, aussi incompréhensibles que nous, ont une ame, comme on prétend que nous en avons une ?

J'avais cru jusqu'à présent qu'il est dans la nature une force active dont nous tenons le don de vivre dans tout notre corps, de marcher par nos pieds, de prendre par nos mains, de voir par nos yeux, d'entendre par nos oreilles, de sentir par nos nerfs, de penser par notre tête, et que tout cela était ce que nous appelons l'ame, mot vague qui ne signifie au fond que le principe inconnu de nos facultés. J'appellerai Dieu, avec vous, ce principe intelligent et puissant qui anime la nature entière; mais a-t-il daigné se faire connaître à nous?

FREIND.

Oui, par ses œuvres.

BIRTON.

Nous a-t-il dicté ses lois? nous a-t-il parle?

FREIND.

Oui, par la voix de votre conscience. N'est-il pas vrai que si vous aviez tué votre père et votre mère, cette conscience vous déchirerait par des remords aussi atfreux qu'involontaires? Cette vérité nV.sl-elle pas sentie et avouée par T univers entier? Descendons maintenant à de moindres crimes. Y en a-t-il un seul qui ne vous efiïaie au premier coup d'œil, qui ne vous fasse pâlir la première fois que vous le commettez, et qui ne laisse dans votre coeur Taiguillon du repentir?

BIRTOK.

11 faut que je Tavoue.

FREIND.

Dieu vous a donc expressément ordonné, en parlant à votre cœur, de ne vous souiller jamais d'un crime évident. Et quant à toutes ces actions équivoques, que les uns condamnent et que les autres justitient, qu'avons-nous de mieux à faire que de suivre cette grande loi du premier des Zoroastres, tant remarquée de nos jours par un auteur français ? Quand tu ne sais si l'action que tu médites est bonne ou mauvaise, abstiens-toi.

BIRTON.

Cette maxime est admirable ; c'est sans doute ce qu'on a jamais dit de plus beau, c'est-à-dire de plus utile en morale; et cela me ferait presque penser que Dieu a suscité de temps en temps des sages qui ont enseigné la vertu

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