‹ La philosophie de VoltaireChapitre 116 sur 196 · CALLICRATE · texte numérisé non relu

CALLICRATE

Eh bien , définissez-nous donc à la fin votre dieu pour fixer nos incertitudes.

ÉVÉMÈKE.

Je crois vous avoir prouvé qu*il en existe un par ce seul argument invincible : Le monde est un ouvrage admirable; donc il y a un artisan plus admirable : la raison nous force à l'admettre, la démence entreprend de le définir,

CALLICRÂTES.

C'est ne rien savoir, et même c'est ne rien dire que de nous crier sans cesse : Il y a là quelque chose d'excellent, mais je ne sais ce que c'est.

ÉVÉMÈRE.

Souvenez-vous de ces voyageurs qui en abordant dans une île y trouvèrent des figures de géométrie ^ tracées sur le sable du rivage. Courage ! dirent-ils , voilà des pas d'hommes. Nous autres stoïciens, en voyant ce monde, nous disons : Voilà des pas de Dieu.

CALLICRATES.

Montrez-nous ces pas, s'il vous plaît,

ÉVÉMÈRE.

Ne les avez-vous pas vus partout ? et cette raison, et cet instinct dont nous jouissons , ne sont-ils pas évidemment des présens de ce grand Être inconnu? cai' ils ne viennent

* Bene speremui, fi amici ! hominvm enim vesiigia conspicio, est le mol aUribué par Vitruve (dans la préface de ses dix livres d'arrhitcclure) à Arisiippe, né à Cjrénc, lorsque ce philosophe fit naufrage sur une des côles de l'île de Rhodes (t^iofi)

Page 1