‹ La philosophie de VoltaireChapitre 139 sur 196 · LIVRE II. — DE LA LIBERTÉ. 22o · texte numérisé non relu

LIVRE II. — DE LA LIBERTÉ. 22o

ne trouvait Sca félicité dans l'idée de la gloire et de la réputation qu'il peut acquérir; d'autres dans Tavancement, d'autres dans des récompenses qu'ils attendent; en un mot, tous les hommes ne se gouvernent que par les idées qu'ils ont de leur avantage et de leur bien-être.

ÏV. Je crois d'ailleurs que j'ai suffisamment développe la contradiction qui se trouve dans le système du franc arbitre, tant par rapport aux perfections de Dieu que relativement à ce que l'expérience nous confirme. Vous conviendrez donc avec moi que les moindres actions de la vie découlent d'un principe certain, d'une idée de bonheur qui nous frappe; et c'est ee qu'on appelle motifs raisonnables, qui sont, selon moi , les cordes et les contre-poids qui font agir toutes les machines de l'univers? ce sont les ressorts cachés dont il plaît à Dieu de se servir pour assujettir nos actions à sa volonté suprême.

Les tempéramens des hommes et les causes occasionnelles (toutes également asservies à la volonté divine) donnent ensuite lieu aux modifications de leurs volontés , et causent la différence si notable que nous voyons dans les actions des hommes.

V. Il me semble que les révolutions des corps célestes, et l'ordre auquel tous ces mondes sont assujettis, pourraient nous fournir encore un argument bien fort pour soutenir la nécessité absolue.

Pour peu qu'on ait de connaissance de l'astronomie, on est instruit de la régularité infinie avec laquelle les planètes font leur cours. On connaît d'ailleurs les lois de la pesanteur, de l'attraction, du mouvement, toutes lois inviolables de la nature. Si des corps de cette matière , si des mondes, si tout l'univers est assujetti à des lois fixes et permanentes, comment est-ce que M. Clarke, que New-

ton viendront me dire que l'homme, cet être si petit, si imperceptible en comparaison de ce vaste univers ; que dis-je, ce malheureux reptile qui rampe sur la surface de ce globe qui n'est qu'un point dans l'univers, cette misérable créature aura-t-elle seule le privilège d'agir au hasard, de n'être gouvernée par aucunes lois, et, en dépit de son créateur, de se déterminer sans raison dans ses actions ? car qui soutient la liberté entière des hommes, nie positivement que les hommes soient raisonnables, et qu'ils se gouvernent selon les principes que j'ai allégués ci-dessus. Fausseté évidente; il ne faut que vous connaître pour en être convaincu.

VI. Ayant déjà répondu à votre sixième objection, il me suffira de rappeler ici que Dieu ne pouvant pas changer l'essence des choses , ne saurait par conséquent se priver de ses attributs. ^

VII. Après avoir prouvé qu'il est contradictoire que Dieu puisse donner à l'homme la liberté d'agir, il serait superflu de répondre à la septième objection, quoique je ne puisse m'empêcher de dire, au nom des Wolf et des Leibnitz, aux Clarke et aux Newton, qu'un Dieu qui entre dans la régie du monde entre dans les plus petits détails, dirige toutes les actions des hommes dans le même temps qu'il pourvoit aux besoins d'un nombre innombrable de mondes, me paraît bien plus admirable qu'un Dieu qui, à l'exemple des nobles et dos grands d'Espagne adonnés à l'oisiveté, ne s'occupe de rien. De plus, que deviendra l'immensité de Dieu si peur le soulager, nous lui ùlon> le soin des petits détails?

Je le répète, le système de Wolf explique les actions d»^hommes conformément aux attributs de Dieu et à l'auto rite de l'expérience

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