DE LA LIBERTÉ
On entend par ce mot Liberté le pouvoir de faire ce qu'on veut. Il n'y a et ne peut y avoir d'autre liberté. C'est pourquoi Locke l'a si bien définie Puissance.
Dans le cours de nos ans, étroit et court passage, Si le bonheur qu'on cherche est le prix du vrai sage, Qui pourra me donner ce trésor précieux ? Dépend-il de moi-même ? est-ce un présent des cieux ? Est-il comme l'esprit, la beauté, la naissance. Partage indépendant de l'humaine prudence ? Suis-je libre en effet ? ou mon ame et mon corps Sont-ils d'un autre agent les aveugles ressorts ? Enfin ma volonté, qui me meut, qui m'entraîne. Dans le palais de l'ame est-elle esclave, ou reine ?
Obscurément plongé dans ce doute cruel.
Mes yeux, chargés de pleurs, se tournaient vers le ciel, Lorsqu'un de ces esprits que le souverain Être Plaça près de son trône, et fit pour le connaître, Qui respirent dans lui, qui brûlent de ses feux. Descendit jusqu'à moi de la voûte des cieux; Car on voit quelquefois ces fils de la lumière Éclairer d'un mondain l'ame simple et grossière. Et fuir obstinément tout docteur orgueilleux
2oG LA PHILOSOPHIE DE VOLTAIRE.
Qui dans sa chaire assis pense être au-det sus d'eux, Et, le cerveau troublé des vapeurs d'un système, Prend ces brouillards épais pour le jour du ciel même.
Écoute, me dit-il, prompt à me consoler, « Ce que tu peux entendre, et qu'on peut révéler, tt J'ai pitié de ton trouble ; et ton ame sincère, « Puisqu'elle sait douter, mérite qu'on l'éclairé. « Oui, l'homme sur la terre est libre ainsi que moi : « C'est le plus beau présent de notre commun roi. « La liberté, qu'il donne à tout être qui pense, a Fait des moindres esprits et la vie et l'essence. « Qui conçoit, veut, agit, est libre en agissant : <( C'est l'attribut divin de l'Être tout puissant ; « Il en fait un partage à ses enfans qu'il aime; « Nous sommes ses enfans, des ombres de lui-même. {( Il conçut, il voulut, et l'univers naquit : « Ainsi, lorsque tu veux, la matière obéit. « Souverain sur la terre, et roi par la pensée, « Tu veux, et sous tes mains la nature est forcée. « Tu commandes aux mers, au souffle des zéphyrs, « A ta propre pensée, et même à tes désirs. « Ah ! sans la liberté, que seraient donc nos âmes? <c Mobiles agités par d'invisibles flammes, « Nos vœux, nos actions, nos plaisirs, nos dégorus, « De notre être, en un mot, rien ne serait à nous : « D'un artisan suprême impuissantes machines, « Automates pensans, mus par des mains divines, « Nous serions à jamais de mensonge occupés, <( Vils instrumens d'un Dieu qui nous aurait trompés.