‹ La philosophie de VoltaireChapitre 162 sur 196 · LIVRE III. ~ DE LA MORALE · texte numérisé non relu

LIVRE III. ~ DE LA MORALE

Ce que Newton connut sans sortir de chez lui.

Vous avez arpenté quelque faible partie

Des flancs toujours glacés de la terre aplatie.

Dévoilez ces ressorts qui font la pesanteur;

Vous connaissez les lois qu'établit son auteur.

Parlez, enseignez-moi- comment ses mains fécondes

Font tourner tant de cieux, graviter tant de mondes ;

Pourquoi vers le soleil notre globe entraîné

Se meut autour de soi sur son axe incliné ;

Parcourant en douze ans les célestes demeures,

D'où vient que Jupiter a son jour de dix heures?

Vous ne le savez point ; votre savant compas

Mesure l'univers, et ne le connaît pas.

Je vous vois dessiner, par un art infaillible.

Les dehors d'un palais à l'homme inaccessible ;

Les angles, les côtés, sont marqués par vos traits ;

Le dedans à vos yeux est fermé pour jamais.

Pourquoi donc m'affliger si ma débile vue

Ne peut percer la nuit sur mes yeux répandue ?

Je n'imiterai point ce malheureux savant

Qui, des feux de l'Etna scrutateur imprudent,

Marchant sur des monceaux de bitume et de cendre.

Fut consumé du feu qu'il cherchait à comprendre.

Modérons-nous surtout dans notre ambition ; C'est du cœur des humains la grande passion. L'empesé magistrat, le financier sauvage, La prude aux yeux dévots, la coquette volage, Vont en poste à Versaille essuyer des mépris, Qu'ils reviennent soudain rendre en poste à Paris.

Les libres habitants des rives du Permesse Ont saisi quelquefois cette amorce traîtresse : Platon va raisonner à la cour de Denys ; Racine janséniste est auprès de Louis ; L'auteur voluptueux qui célébra Glycère Prodigue au fils d'Octave un encens mercenaire. Moi-même, renonçant à mes premiers desseins, J'ai vécu, je l'avoue, avec des souverains. Mon vaisseau fit naufrage aux mers de ces sirènes: Leur voix flatta mes sens, ma main porta leur chaînes. On me dit : Je vous aime, et je crus comme un sot Qu'il était quelque idée attachée à ce mot. J'y fus pris ; j'asservis au vain désir de plaire La mîde liberté qui fait mon caractère ; Et, perdant la raison, dont je devais m' armer, J'allai m'imaginer qu'un roi pouvait aimer. Que je suis revenu de cette erreur grossière ! A peine de la cour j'entrai dans la carrière, Que mon ame éclairée, ouverte au repentir, N'eut d'autre ambition que d'en pouvoir sortir. Raisonneurs beaux esprits, et vous qui croyez l'être, Voulez-vous vous vivre heureux, vivez toujours sans maître. 0 vous, qui ramenez dans les murs de Paris f

Tous les excès honteux des mœurs de Sibaris ; Qui, plongés dans le luxe, énervés de mollesse. Nourrissez dans votre ame une éternelle ivresse ; Apprenez, insensés qui cherchez le plaisir, Et l'art de le connaître, et celui de jouir. j

Les plaisirs sont les Heurs, que notre divin Maître

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