LIVRE III. - DE LA MORALE
Dans les ronces du monde autour de nous fait naître. Chacune a sa saison, et par des soins prudens On peut en conserver pour l'hiver de nos ans. Mais s'il faut les cueillir, c'est d'une main légère; On flétrit aisément leur beauté passagère. N'offrez pas à vos sens, de mollesse accablés, Tous les parfums de Flore à-la-fois exhalés : Il ne faut point tout voir, tout sentir, tont entendre : Quittons les voluptés pour pouvoir les reprendre. Le travail est souvent le père du plaisir : Je plains l'homme accablé du poids de son loisir. Le bonheur est un bien que nous vend la nature. II n'est point ici-bas de moisson sans culture; Tout veut des soins sans doute, et tout est acheté.
Regardez Brossoret '', de sa table entêté, Au sortir d'un spectacle, où de tant de merveilles Le son, perdu pour lui, frappe en vain ses oreilles; Il se traîne à souper, plein d'un secret ennui, Cherchant en vain la joie, et fatigué de lui. Son esprit, offusqué d'une vapeur grossière, Jette encor quelques traits sans force et sans lumière ; Parmi les voluptés dont il croit s'enivrer, Malheureux, il n'a pas le temps de désirer !
Jadis trop caressé des mains de la Mollesse, Le Plaisir s'endormit au sein de la Pai'esse ; La langueur l'accabla : plus de chants, plus de vers, Plus d'amour; et l'ennui détruisait l'univers. Un Dieu qui prit pitié de la nature humaine Mit auprès du plaisir le travail et la peine :
in LA PHILOSOPHIE DE VOLTAIRE.
La crainte l'éveilla, Tespoir guida ses pas ; Ce cortège aujourd'hui raccompagne ici-bas.
Semez vos entreliens de fleurs toujours nouvelles : Je le dis aux amans, je le répète aux belles. Damon, tes sens trompeurs, et qui t'ont gouverné, T'ont promis un bonheur qu'ils ne t'ont point donné. Tu crois, dans les douceurs qu'un tendre amour apprête, Soutenir de Daphné l'éternel tête-à-tête ; Mais ce bonheur usé n'est qu'un dégoût affreux, Et vous avez besoin de vous quitter tous deux. Ah ! pour vous voir toujours sans jamais vous déplaire, Il faut un cœur plus noble, une ame moins vulgaire. Un esprit vrai, sensé, fécond, ingénieux. Sans humeur, sans caprice, et surtout vertueux : Pour les cœurs corrompus l'Amitié n'est point faite. 0 divine Amitié ! félicité parfaite.
Seul mouvement de l'ame où l'excès soit permis. Change en bien tous les maux où le ciel m'a soumis ; Compagne de mes pas dans toutes mes demeures, Dans toutes les saisons, et dans toutes les heures : Sans toi tout homme est seul ; il peut par ton appui Multiplier son être, et vivre dans autrui. Idole d'un cœur juste, et passion du sage. Amitié, que ton nom couronne cet ouvrage! Qu'il préside à mes vers comme il règne en mon cœur ! Tu m'appris à connaître, à chanter le bonheur.