‹ La philosophie de VoltaireChapitre 176 sur 196 · LIVRE m. -- DE LA MORALE · texte numérisé non relu

LIVRE m. -- DE LA MORALE

Que Tame, ce llambeaii souvent si ténébreux, Ou soit un de nos sens ou subsiste sans eux ; Vous êtes sous la main de ce maître invisible.

Mais du haut de son trône, obscur, inaccessible, Quel hommage, quel culte exige-t-il de vous ? De sa grandeur suprême indignement jaloux. Des louanges, des vœux iïattent-ils sa puissance? Est ce le peuple altier conquérant de Bysance, Le tranquille Chinois, le Tartare indompté, Qui connaît son essence et suit sa volonté? Différens dans leurs mœurs ainsi qu'en leur hommage, Ils lui font tenir tous un différent langage. Tous se sont donc trompés. Mais détournons les yeux De cet impur amas d'imposteurs odieux * ; Et, sans vouloir sonder d'un regard téméraire De la loi des chrétiens l'ineffable mystère, Sans expliquer en vain ce qui fut révélé, Cherchons par la raison si Dieu n'a point parlé. La nature a fourni d'une main salutaire Tout ce qui dans la vie à l'homme est nécessaire. Les ressorts de son ame, et l'instinct de ses sens. Le ciel à ses besoins soumet les élémens. Dans les plis du cerveau la mémoire habitante Y peint de la nature une image vivante. Chaque objet de ses sens prévient la volonté; Le son dans son oreille est par l'air apporté ; Sans efforts et sans soins son œil voit la lumière. Sur son Dieu, sur sa fin, sur sa cause première, L'homme est-il sans secours à 1 erreur attaché?

Quoi ! le monde est visible, et Dieu serait caché ! Quoi ! le plus grand besoin que j'aie en ma misère Est le seul qu'en effet je ne puis satisfaire? Non ; le Dieu qui m'a fait ne m'a point fait en vain ; Sur le front des mortels il mit son sceau divin. Je ne puis ignorer ce qu'ordonna mon maître : Il m'a donné sa loi, puisqu'il m'a donné l'être. Sans doute il a parlé, mais c'est à l'univers : Il n'a point de l'Egypte habité les déserts ; Delphes, Délos, Ammon, ne sont pas ses asiles ; Il ne se cache point aux antres des sibylles. La morale uniforme en tout temps en tout lieu, A des siècles sans fin parle au nom de ce Dieu. C'est la loi de Trajan, de Socrate, et la vôtre. De ce culte éternel la nature est l'apôtre. Le bon sens la reçoit, et les remords vengeurs, Nés de la conscience, en sont les défenseurs ; Leur redoutable voix partout se fait entendre.

Pensez-vous en effet que ce jeune Alexandre, Aussi vaillant que vous, mais bien moins modéré, Teint du sang d'un ami trop inconsidéré , Ait pour se repentir consulté des augures? Ils auraient dans leurs eaux lavé ses mains impures ; Ils auraient à prix d'or absous bientôt le roi. Sans eux, de la nature il écouta la loi : Honteux, désespéré d'un moment de furie. Il se jugea lui-même indigne de la vie. Cette loi souveraine, à la Chine, au Japon, Inspira Zoroastre, illumina Solon.

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