‹ La philosophie de VoltaireChapitre 177 sur 196 · LIVRE III. —DE LA MORALE · texte numérisé non relu

LIVRE III. —DE LA MORALE

D'un bout du monde à l'autre elle parle, elle crie : « Adore un Dieu, sois juste, et chéris ta patrie. » Ainsi le froid Lapon crut un Etre éternel ; Il eut de la justice un instinct naturel ; Et le Nègre, vendu sur un lointain rivage, Dans les Nègres encore aima sa noire image. Jamais un parricide, un calomniateur , N'a dit tranquillement dans le fond de son cœur : *

« Qu'il est beau, qu'il est doux d'accabler l'innocence, « De déchirer le sein qui nous donna naissance î (( Dieu juste. Dieu parfait ! que le crime a d'appas î » Voilà ce qu'on dirait, mortels, n'en doutez pas, S'il n'était une loi terrible, universelle. Que respecte le crime en s'élevant contre elle. Est-ce nous qui créons ces profonds sentimens? Avons-nous fait notre ame? avons-nous fait nos sens? L'or qui naît au Pérou, l'or qui naît à la Chine, Ont la môme nature et la même origine : L'artisan les façonne et ne peut les former. Ainsi l'Être éternel qui nous daigne animer Jeta dans tous les cœurs une même semence. Le ciel fit la vertu ; l'homme en fit l'apparence. Il peut la revêtir d'imposture et d'erreur ; Il ne peut la changer ; son juge est dans son cœur.

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