‹ La philosophie de VoltaireChapitre 18 sur 196 · SUR LA PHILOSOPHIE DE NEWTON · texte numérisé non relu

SUR LA PHILOSOPHIE DE NEWTON

Tu m'appelles à loi, vaste et puissant génie,

Minerve de la France, immortelle Emilie ;

Je m'éveille à ta voix, je marche à ta clarté

Sur les pas des Vertus et de la Vérité.

Je quitte Melpomène et les jeux du théâtre.

Ces combats, ces lauriers, dont je fus idolâtre ;

De ces triomphes vains mon cœur n'est plus touché.

Que le jaloux Rufus, à la terre attaché.

Traîne au bord du tombeau la fureur insensée

D'enfermer dans un vers une fausse pensée ;

Qu'il arme contre moi ses languissantes mains

Des traits qu'il destinait au reste des humains ;

Que quatre fois par mois un ignorant Zoïle

Élève en frémissant une voix imbécile :

Je n'entends point leurs cris que la haine a formés ,

Je ne vois point leurs pas, dans la fange imprimés :

Le charme tout puissant de la philosophie

Élève un esprit sage au-dessus de l'envie ;

Tranquille au haut des cieux que Newton s'est soumis,

> Publiée en 4 758. (E. B.)

Il ignore en effet s'il a des ennemis :

Je ne les connais plus. Déjà de la carrière

L'auguste Vérité vient m' ouvrir la barrière :

Déjà ces tourbillons, l'un par l'autre pressés,

Se mouvant sans espace, et sans règle entassés,

Ces fantômes savans à mes yeux disparaissent.

Un jour plus pur me luit ; les mouvemens renaissent.

L'espace qui de Dieu contient l'immensité

Voit rouler dans son sein l'univers limité.

Cet univers si vaste à notre faible vue,

Et qui n'est qu'un atome, un point dans l'étendue.

Dieu parle, et le chaos se dissipe à sa voix ; Vers un centre commun tout gravite à la fois. Ce ressort si puissant, l'âme de la nature, Était enseveli dans une nuit obscure ; Le compas de Newton, mesurant l'univers. Lève enfin ce grand voile, et les cieux sont ouverts.

Il déploie à mes yeux par une main savante De l'astre des saisons la robe étincelante ; L'émeraude, l'azur, le pourpre, le rubis. Sont l'immortel tissu dont brillent ses habits : Chacun de ses rayons dans sa substance pure Porte en soi les couleurs dont se peint la nature ; Et confondus ensemble ils éclairent nos yeux, Ils animent le monde, ils emplissent les cieux.

Confidens du Très-Haut, substances éternelles, Qui brûlez de ses feux, qui couvrez de vos ailes Le trône où votre maître est assis parmi vous. Parlez; du grand Newton n'étiez-vous point jaloux?

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