‹ La philosophie de VoltaireChapitre 19 sur 196 · LIVRE I. — DE DIEU · texte numérisé non relu

LIVRE I. — DE DIEU

La mer entend sa voix. Je vois l'humide empire S'élever, s'avancer vers le ciel qui l'attire : Mais un pouvoir central arrête ses efforts ; La mer tombe, s'affaisse, et roule vers ses bords.

Comètes que l'on craint à l'égal du tonnerre, Cessez d'épouvanter les peuples de la terre : Dans une ellipse immense achevez votre cours ; Remontez, descendez près de l'astre des jours ; Lancez vos feux, volez, et, revenant sans cesse, Des mondes épuisés ranimez la vieillesse.

Et toi, sœur du soleil, astre qui dans les cieux, Des sages éblouis trompais les faibles yeux ; Newton de ta carrière a marqué les limites : Marche, éclaire les nuits ; tes bornes sont prescrites.

Terre, change de forme , et que la pesanteur En abaissant le pôle élève l'équateur.

Pôle immobile aux yeux, si lent dans votre course, Fuyez le char glacé des sept astres de l'Ourse : Embrassez dans le cours de vos longs mouvemens *, Deux cents siècles entiers par-delà six mille ans.

Que ces objets sont beaux ! que notre ame épurée Vole à ces vérités dont elle est éclairée ! Oui, dans le sein de Dieu, loin de ce corps mortel. L'esprit semble écouter la voix de l'Éternel.

Vous à qui cette voix se fait si bien entendre. Comment avez-vous pu, dans un âge encor tendre, Malgré les vains plaisirs, ces écueils des beaux jours,

1 C'est la période de la précession des équinoxes, laquelle s'accomplit en \ingt-six mille neuf cents ans, ou environ.

Prendre un vol si hardi, suivre un si vaste cours? Marcher après Newton dans cette route obscure Du labyrinthe immense où se perd la nature? Puissé-je auprès de vous, dans ce temple écarté, Aux regards des Français montrer la vérité ! Tandis qu'Algarotti ^, sûr d'instruire et de plaire, Vers le Tibre étonné conduit cette étrangère, Que de nouvelles fleurs il orne ses attraits, Le compas à la main j'en tracerai les traits : De mes crayons grossiers je peindrai l'immortelle. Cherchant à l'embellir, je la rendrais moins belle : Elle est, ainsi que vous, noble, simple, et sans fard, Au-dessus de l'éloge, au-dessus de mon art.

1 M. Algarolli , jeune Vénitien, faisait imprimer alors à Venise un traité sur la lumière, Newlomanismo per le Dame, dans lequel il expliquait l'attraction. M. de Voltaire fut le premier en France qui expliqua les découvertes de Newton.

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