‹ La philosophie de VoltaireChapitre 184 sur 196 · LIVRE III. - DE LA MORALE · texte numérisé non relu

LIVRE III. - DE LA MORALE

* KOU

Vous me faites frémir; je déteste la secte de Laokiiim ; mais il y a tant de nuances du juste e^ de l'injuste! on est souvent bien incertain. Quel homme sait précisément ce qui est permis ou ce qui est défendu? Qui pourra poser sûrement les bornes qui séparent le bien et le mal? quelle règle me donnerez-vous pour les discerner?

eu -su.

Celle de Confutzée, mon maître .* ce Vis comme en monte rant tu voudrais avoir vécu ; traite ton prochain comme « tu veux qu'il te traite. »

KOU

Ces maximes, je l'avoue, doivent être le code du genre

humain; mais que m'importera en mourant d'avoir bien

vécu? qu'y gagnerai-je? Cette horloge, quand elle sera

détruite , sera-t-elle heureuse d'avoir bien sonné les

heures ?

cu-su.

Cette horloge ne sent point, ne pense point; elle ne peut avoir des remords, et vous en avez quand vous vous sentez coupable.

KOU

Mais si, après avoir commis plusieurs crimes, je parviens à n'avoir plus de remords?

cu-su.

Alors il faudra vous étouffer; et soyez sûr que parmi les hommes qui n'aiment pas qu'on les opprime , il s'en trouvera qui vous mettront hors d'état do faire de nouveaux crimes.

Kor.

Ainsi Dieu, qui est en eux, leur permettra d'être me'chans après m'aroir permis de l'être ?

cu-su.

Dieu nous a domié la raison : n'en abusez ni vous ni eux. Non seulement vous serez malheureux dans cette vie, mais qui vous a dit que vous ne le seriez pas dans une autre?

KOU

Et qui nous a dit qu'il y a une autre vie?

cu-su.

ï>dns le doute seul , vous devez vous conduire comme s'il y en avait une.

KOU

Mais si je suis sûr qu'il n'y en a point?

KU-SU

Je vous en défie.

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