‹ La philosophie de VoltaireChapitre 27 sur 196 · LIVRE I. — DE DIEU · texte numérisé non relu

LIVRE I. — DE DIEU

lit qui versa sur eux les maux à pleines mains?

Quel œil peut pénétrer dans ses profonds desseins?

De l'Être tout parfait le mal ne pouvait naître ;

II ne vient point d'autrui ^ puisque Dieu seul est maître ;

Il existe pourtant. 0 tristes vérités !

0 mélange étonnant de contrariétés !

Un Dieu vint consoler notre race affligée ;

Il visita la terre, et ne l'a point changée !

Un sophiste arrogant nous dit qu'il ne l'a pu ;

Il le pouvait, dit l'autre, et ne l'a point voulu :

Il le voudra, sans doute ; et, tandis qu'on raisonne,

Des foudres souterrains engloutissent Lisbonne,

Et de trente cités dispersent les débris,

Des bords sanglants du Tage à la mer de Cadix.

Ou l'homme est né coupable, et Dieu punit sa race; Ou ce maître absolu de l'être et de l'espace, Sans courroux, sans pitié, tranquille, indifférent, De ses premiers décrets suit l'éternel torrent ; Ou la matière informe, à son maître rebelle, Porte en soi des défauts nécessaires comme elle ; Ou bien Dieu nous éprouve, et ce séjour mortel ^ N'est qu'un passage étroit vers un monde éternel. Nous essuyons ici des douleurs passagères : Le trépas est un bien qui finit nos misères. Mais quand nous sortirons de ce passage affreux Qui de nous prétendra mériter d'être heureux?

Quelque parti qu'on prenne, on doit frémir sans doute; Il n'est rien qu'on connaisse, et rien qu'on ne redoute. La nature est muette, on l'interroge en vain.

On a besoin d'un Dieu qui parle au genre liumain.

Il n'appartient qu'à lui d'expliquer son ouvrage,

De consoler le faible, et d'éclairer le sage.

L'homme, au doute, à l'erreur, abandonné sans lui.

Cherche en vain des roseaux qui lui servent d'appui.

Leibnitz ne m'apprend point par quels nœuds invisibles,

pans le mieux ordonné des univers possibles

Un désordre éternel, un chaos de malheurs.

Mêle à nos vains jdaisirs de réelles douleurs;

Ni pourquoi l'innocent, ainsi que le coupable,

Subit également ce mal inévitable.

Je ne conçois pas plus comment tout serait bien :

Je suis comme un docteur; hélas ! je ne sais rien.

Platon dit qu'autrefois l'homme avait eu des ailes, Un corps impénétrable aux atteintes mortelles ; La douleur, le trépas, n'approchaient point de lui : De cet état brillant qu'il diffère aujourd'hui ! Il rampe, il souffre, il meurt; tout ce qui naît expire ; De la destruction la nature est l'empire. Un faible composé de nerfs et d'ossemens Ne peut être insensible au choc des élémens ; •Ce mélange de sang, de liqueurs et de poudre, Puisqu'il fut assemblé, fut fait pour se dissoudre ; Et le sentiment prompt de ces nerfs délicats Fut soumis aux douleurs, ministres du trépas : C'est là ce que m'apprend la voix de la nature. J'abandonne Platon, je rejette Épicure.

Bayle en sait plus qu'eux tous ; je vais le consulter : La balance à la main, Bnyle enseigne à douter ':

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