‹ La philosophie de VoltaireChapitre 41 sur 196 · LIVRE I. — DE DIEU · texte numérisé non relu

LIVRE I. — DE DIEU

Dieu, quand, pour agrandir le fils de son inceste, il employait tour à tour la trahison, la force ouverte, le stylet, la corde, le poison; et qu'insultant encore à la superstitieuse faiblesse de ceux qu'il assassinait, il leur donnait une absolution et des indulgences au milieu des convulsions de la mort? Certes, il insuUait la Divinité dont il se moquait, en même temps qu'il exerçait sur les hommes ces épouvantables barbaries. Avouons tous, quand nous lisons Fhistoire de ce monstre et de son abominable fils, que nous souhaitons qu'ils soient châtiés. L'idée d'un Dieu vengeur est donc nécessaire.

Il se peut, comme il arrive trop souvent, que la persuasion de la justice divine ne soit pas un frein à l'emportement d'une passion. On est alors dans l'ivresse; les remords ne viennent que quand la raison a repris ses droits ; mais enfin ils tourmentent le coupable. L'athée peut sentir, au lieu de remords, cette liorreur secrète et sombre qui accompagne les grands crimes. La situation de son âme est importune et cruelle; un homme souillé de sang n'est plus sensible aux douceurs de la société ; son âme, devenue atroce, est incapable de toutes les consolations de la vie; il rugit en furieux, mais il ne se repent pas. Il ne craint point qu'on lui demande compte des proies qu'il a déchirées ; il sera toujours méchant, il s'endurcira dans ses férocités. L'homme au contraire qui croit en Dieu rentrera en lui-même. Le premier est un monstre pour toute sa vie, le second n'aura été barbare qu'un moment. Pourquoi? c'est que l'un a un frein, et que l'autre n'a rien qui l'arrête.

Nous ne lisons point que l'archevêque Troll, qui fit égorger sous ses yeux tous les magistrats de Stockholm, ait jamais daigné seulement feindre d'expier son crime par

la moindre pénitence. L'athée fourbe, ingrat, calomniateur, brigand, sanguinaire, raisonne et agit conséquemment, s'il est sûr de Timpunité de la part des hommes. Car s'il n'y a point de Dieu, ce monstre est son Dieu à luimême; il s'immole tout ce qu'il désire, ou tout ce qui lui fait obstacle. Les prières les plus tendres, les meilleurs raisonnemens, ne peuvent pas plus sur lui que sur un loup affamé de carnage.

Lorsque le pape Sixte IV fesait assassiner les deux Médicis dans l'église de la Reparade, au moment où l'on élevait aux yeux du peuple le Dieu que ce peuple adorait, Sixte IV, tranquille dans son palais, n'avait rien à craindre, soit que la conjuration réussît, soit qu'elle échouât ; il était sûr que les Florentins n'oseraient se venger, qu'il les excommunierait en pleine liberté, et qu'ils lui demanderaient pardon à genoux d'avoir osé se plaindre.

Il est très vraisemblable que l'athéisme a été la philosophie de tous les hommes puissans qui ont passé leur vie dans ce cercle de crimes que les imbécilles appellent politique^ coup d'état, art de gouverner.

On ne me persuadera jamais qu'un cardinal, ministre célèbre, crût agir en la présence de Dieu, lorsqu'il fesait condamner à mort un des grands * de l'état par douze meurtriers en robe, esclaves à ses gages, dans sa propre maison de campagne.

Les Juifs reconnaissaient un Dieu formateur de l'univers.

Les Phéniciens avaient leur Dieu unique Jaho.

Les Égyptiens reconnurent un Dieu suprême malgré toutes leurs superstitions; ils le nommaient Knef^ et ils le représentaient sous la forme d'un globe.

î F,c Mnrcrliol do Marill.ic. (F. lî.)

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