‹ La philosophie de VoltaireChapitre 45 sur 196 · LIVRE I. — DE DIEU · texte numérisé non relu

LIVRE I. — DE DIEU

Saint Paul a dit : {Act. Apostolorum, xvii, 28.)

In ipso énim (Deo) vivimus, et movemur, et sumus, « Tout se meut, tout respire, et tout existe en Dieu. »

Pensons donc comme Platon, Virgile, Caton, saint Paul, saint Thomas, sur ce grand sujet. Ne cessons de re:péter que l'intelligence infinie de l'être nécessaire , de l'être formateur, produit tout, remplit tout, vivifie tout de toute éternité. Il nous faut à nous, ombres passagères, à nous atomes d'un moment, à nous atomes pensans, il nous faut une portion d'intelligence bien rare , bien exercée , pour comprendre seulement une petite partie de ses mathématiques éternelles.

Par quelles lois la terre a-t-elle un mouvement périodique de vingt-sept mille neuf cent vingt années, outre son cours dans son orbite et sa rotation sur elle-même? cemment l'astre de nos nuits se balance-t-il , et pourquoi la terre et lui changent-ils continuellement pendant dix-neuf années la place où leurs orbites doivent se rencontrer? Le nombre des hommes qui s'élèvent à ces connaissances divines n'est pas une unité sur un million dans le genre humam; tandis que presque tous les hommes, courbés vers la fange de la terre, ou consument leurs vies dans de petites mtrigues, ou tuent les hommes leurs frères, et en sont tués pour de l'argent.

Sur un million d'hommes qui rampent ou qui se pavanent sur la terre, on peut à toute force en trouver une cmquantaine qui ont des idées un peu approfondies de ces augustes vérités.

C'est à ce petit nombre de sages que je m'adresse, pour admirer avec eux l'immensité et Tordre des choses, la puissante intelligence qui respire dans elles, et l'éternité

dans laquelle elles nagent, éternité dont un moment est accordé aux individus passagers qui végètent, qui sentent, et qui pensent.

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