‹ La philosophie de VoltaireChapitre 46 sur 196 · LE SECOND ADORATEUR · texte numérisé non relu

LE SECOND ADORATEUR

Vous avez admiré, vous avez adoré ; je voudrais avoir été touché. Vous louez , mais vous n'avez point remercié. Que m'importe des millions d'univers, nécessaires, sans doute , puisqu'ils existent, mais qui ne me feront aucun bien, et que je ne verrai jamais ? Que m'importe l'immensité, à moi qui suis à peine un point ? Que me fait l'éternité, quand mon existence est bornée à ce moment qui s'écoule? Ce qui peut exciter ma reconnaissance, c'est que je suis un être végétant, sentant, et ayant du plaisir quelquefois.

Grâces soient à jamais rendues à cet Etre nécessaire * éternel, intelligent et puissant, qui a doué de toute éternité mes confrères, les animaux, de l'organisation et de la végétation! Il a voulu que nous eussions tous des poumons, un foie, un pancréas, un estomac, un cœur avec des oreillettes, des veines, des artères, ou l'équivalent de tout cela. C'est un artifice aussi admirable que celui de tant de mondes qui roulent autour de leurs soleils ; mais cet artifice prodigieux ne serait rien, si nous n'avions le sentiment qui fait la vie. Il nous a donné à tous les appétits et les organes qui la conservent.

Le grand Être nous fait présent à tous d'organes, auxquels sont attachés des sentimens tous étrangers les uns aux autres : le tact, répandu dans toutes les parties du corps, mais plus sensible dans les mains; l'ouïe , que plusieurs animaux, nos confrères, ont incomparablement plus fme que nous, mais qui nous donne sur eux un avantage

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