LIVRE I. — DE DIEU
que ridée d'un Etre suprême, créateur, gouverneur, rémunérateur et vengeur, soit profondément gravée dans les esprits.
II y a des peuples athées, dit Bayle dans ses Pensées sur les comètes. Les Cafres, les Hottentots, les Topinambous, et beaucoup d'autres petites nations n'ont point de Dieu : ils ne le nient ni ne Taffirment ; ils n'en ont jamais entendu parler; dites-leur qu'il y en a un, ils le croiront aisément. Dites-leur que tout se fait parla nature des choses, ils vous croiront de même. Prétendre qu'ils sont athées est la même imputation que si l'on disait qu'ils sont anti-cartésiens ; ils ne sont ni pour ni contre Descartes. Ce sont de vrais enfans; un enfant n'est ni athée ni déiste, il n'est rien.
Quelle conclusion tirerons-nous de tout ceci ? Que l'athéisme * est un monstre très pernicieux dans ceux qui gouvernent ; qu'il l'est aussi dans les gens de cabinet, quoique leur vie soit innocente, parce que de leur cabinet ils peuvent percer jusqu'à ceux qui sont en place; que, s'il n'est pas si funeste que le fanatisme, il est presque toujours fatal à la vertu. Ajoutons surtout qu'il y a moins d'athées aujourd'hui que jamais, depuis que les philosophes ont reconnu qu'il n'y a aucun être végétant sans germe, aucun germe sans dessein, etc. , et que le blé ne vient point de pourriture.
Des géomètres non philosophes ont rejeté les causes finales, niais les vrais philosophes les admettent; et, comme on l'a dit déjà, un catéchiste annonce Dieu aux enfans, et Newton le démontre aux sages.
^ Voy. Homélie sur l' Athéisme. (e. B.) M