SECTION PREMIÈRE
VIRGILE dit {JEn., lib. VI, v. 727 ) :
Mens agitât molem et magno se corpore miscet. L'esprit r<?git le monde; il s'y mêle, il l'anime.
Virgile a bien dit ; et B. Spinosa qui n a pas la clarté de Virgile, et qui ne le vaut pas, est forcé de reconnaître une intelligence qui préside à tout. S'il me l'avait niée, je lui aurais dit : Benoît tu es fou; tu as une intelligence et tu la nies : et à qui la nies-tu?
Il vient en 1770 un homme très-supérieur à Spinosa à quelques égards, aussi éloquent que le juif hollandais est sec; non moins méthodique, cent fois plus clair, aussi géomètre sans afTecter la marche ridicule de la géométrie dans un sujet métaphysique et moral : c'est l'auteur du Système de la nature : il a pris le nom de Mirabaud, secrétaire de l'Académie française. Hélas ! notre bon Mirabaud n'était pas capable d'écrire une page du livre de notre redoutable adversaire. Vous tous, qui voulez vous servir de votre raison et vous instruire, lisez cet éloquent
et dangereux passage du Système de la nature (Partie II, cliap. V, page 153 et suivantes).
c( On prétend que les animaux nous fournissent une preuve convaincante d'une cause puissante de leur existence ; on nous dit que l'accord admirable de leurs parties, que Ton voit se prêter des secours mutuels afin de remplir leurs fonctions et de maintenir leur ensemble, nous annonce'un ouvrier qui réunit la puissance à la sagesse. Nous ne pouvons douter de la puissance de la nature ; elle produit tous les animaux que nous voyons, à l'aide des combinaisons de la matière, qui est dans une action continuelle; l'accord des parties de ces mêmes animaux est une suite des lois nécessaires de leur nature et de leur combinaison ; dès que cet accord cesse, l'animal se détruit nécessairement. Que deviennent alors la sagesse, l'intelligence * ou la bonté de la cause prétendue à qui l'on fesait honneur d'un accord si vanté? Ces animaux si merveilleux que l'on dit être les ouvrages d'un dieu immuable, ne s*allèrent-ils point sans cesse et ne finissent-ils pas toujours par se détruire? Où est la sagesse, la bonté, la prévoyance, l'immutabilité^ d'un ouvrier qui ne paraît occupé qu'à déranger et briser les ressorts des machines qu'on nous annonce comme les chefs-d'œuvre de sa puissance et de son habileté ? Si ce Dieu ne peut faire autrement \ il n'est ni libre ni tout-puissant. S'il change de volonté, il n'est point immuable. S'il permet que des machines qu'il a rendues sensibles éprouvent de la douleur, il manque de bonté *.
^ Y a-t-il moins d'intelligence, parce que les générations se succèdent?
- Il y a immutabililé de dessein quand vous >oyez immutabilité d'elTots. Voy. Dieu.
3 Être libre, c'est faire sa volonté. S'il l'opère, il est libre. Voy. la réponse dans les HTlicles Alhcisme et Dieu.