‹ La philosophie de VoltaireChapitre 68 sur 196 · LIVRE I. — DE DIEU · texte numérisé non relu

LIVRE I. — DE DIEU

vrier * ? sera-t-iJ dedans ou hors de riinivers? est-il matière ou mouvement? ou bien n'est-il que Tespace, le néant ou le vide? Dans tous ces cas, ou il ne serait rien, ou il serait contenu dans la nature, et soumis à ses lois. S'il est dans la nature, je n'y pense voir que de la matière en mouvement, et je dois en conclure que l'agent qui la meut est corporel et matériel, et que par conséquent il est sujet à se dissoudre. Si cet agent est hors de la nature, je n'ai plus aucune idée ^ du lieu qu'il occupe, ni d'un être immatériel, ni de la façon dont un esprit sans étendue peut agir sur la matière dont il est séparé. Ces espaces ignorés, que l'imagination a placés au delà du monde visible, n'existent point pour un être qui voit à peine à ses pieds ^ : la puissance idéale qui les habite ne peut se peindre à mon esprit que lorsque mon imagination combinera au hasard les couleurs fantastiques qu'elle est toujours forcée de prendre dans le monde où je suis ; dans ce cas je ne ferai que reproduire en idée ce que mes sens auront réellement aperçu ; et ce Dieu, que je m'efforce de distinguer de la nature et de placer hors de son enceinte, y rentrera toujours nécessairement et malgré moi.

« L'on insistera, et l'on dira que, si l'on portait une statue ou une montre à un sauvage qui n'en aurait jamais vu, il ne pourrait s'empêcher de reconnaître que ces choses sont des ouvrages de quelque agent intelligent, plus habile et plus industrieux que lui-même : l'on conclura de là que nous sommes pareillement forcés de reconnaître que

1 Est-ce à nous à lui trouver sa place ? C'est à lui de nous donner la notre. Voy. la Réponse.

2 Êles-vous fait pour avoir des idées de tout, et ne voyez-vous pas dans cette nature une intelligence admirable ?

3 Ou le monde est infini, ou l'espace est infini : choisissez.

la machine de Tunivers, que Thomme, que les phénomènes de la nature, sont des ouvrages d'un agent dont Pintelligence et le pouvoir surpassent de beaucoup les nôtres.

(( Je réponds, en premier lieu, que nous ne pouvons douter que la nature ne soit très puissante et très industrieuse * ; nous admirons son industrie toutes les fois que nous sommes surpris des effets étendus, variés et compliqués que nous trouvons dans ceux de ses ouvrages que nous prenons la peine de méditer : cependant elle n'est ni plus ni moins industrieuse dans Tun de ses ouvrages que dans les autres. Nous ne comprenons pas plus comment elle a pu produire une pierre ou un métal qu'une tête organisée comme celle de Newton. Nous appelons industrieux un homme qui peut faire des choses que nous ne pouvons pas faire nous-mêmes. La nature peut tout; et dès qu'une chose existe, c'est une preuve qu'elle a pu la faire. Ainsi ce n'est jamais que relativement à nous-mêmes que nous jugeons la nature industrieuse ; nous la comparons alors à nous-mêmes; et comme nous jouissons d'une qualité que nous nommons intelligence^ à l'aide de laquelle nous produisons des ouvrages où nous montrons notre industrie, nous en concluons que les ouvrages de la nature qui nous étonnent le plus ne lui appartiennent point, mais sont dus à un ouvrier intelligent comme nous, dont nous proportionnons l'intelligence à l'étonnement que ses œuvres produisent en nous , c'est-à-dire à notre faiblesse et à notre propre ignorance *. »

1 Puissante et industrieuse; je m^en tiens là. Celui qui est assez, puissant pour former ["homme et le monde est Dieu. Vous admettez Dieu malgré vous.

2 Si nous sommes si ignorans, comment oserons-nous affirmer que tout se fait sans Dieu?

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