LIVRE I. — DE DIEU
ganes et les facultés des animaux, depuis l'homme jusqu'au limaçon, au lieu où il leur a donné la vie : n'accusons donc pas toujours la Providence, quand nous lui devons souvent des actions de grâces.
Venons aux fléaux, aux inondations, aux volcans, aux tremblemens de terre. Si tous ne considérez que ces calamités, si vous ne ramassez qu'un assemblage affreux de tous les accidens qui ont attaqué quelques roues de la machine de cet univers, Dieu est un tyran à vos yeux ; si vous faites attention à ses innombrables bienfaits, Dieu est un père. Vous me citez saint Augustin le rhéteur, qui, dans son Livre des Miracles^ parle de cent villes englouties à la fois en Lybie ; mais songez que cet Africain prodiguait dans ses écrits la figure de l'exagération : il traitait les tremblemens de terre comme la grâce efficace, et la damnation éternelle de tous les petits enfants morts sans baptême.
Nous, nous ne devons aller, ni au delà, ni en deçà de la vérité : cette vérité est que, sur cent mille habitations, on en peut compter tout au plus une détruite chaque siècle par les feux nécessaires à la formation de ce globe.
Le feu est tellement nécessaire à l'univers entier, que sans lui il n'y aurait sur la terre ni animaux, ni végétaux, ni minéraux : il n'y aurait ni soleil ni étoiles dans l'espace. Ce feu, répandu sous la première écorce de la terre, obéit aux lois générales établies par Dieu même : il est impossible qu'il n'en résulte quelques désastres particuliers : or, on ne peut pas dire qu'un artisan soit une mauvais ouvrier, quand une machine immense, formée par lui seul, subsiste depuis tant de siècles sans se déranger. Si un homme avait inventé une machine hydraulique qui arrosât toute une province et la rendît fertile, lui reprocheriez-vous
que l'eau qu'il vous donnerait noyât quelques insectes?
Je vous ai prouvé que la machine du monde est l'ouvrage d'un être souverainement intelligent et puissant : vous qui êtes intelligens, vous devez l'admirer; vous qui êtes comblés de ses bienfaits, vous devez l'aimer.
Mais les malheureux, dites-vous, condamnés à souffrir toute leur vie, accablés de maladies incurables, peuventils l'admirer et l'aimer? Je vous dirai, mes amis, que ces maladies si cruelles viennent presque toutes de notre faute, ou de celle de nos pères, qui ont abusé de leur corps; et non de la faute du grand Fabricateur. On ne connaissait guère de maladie que celle de la décrépitude dans toute l'Amérique septentrionale, avant que nous vous y eussions apporté cette eau de mort que nous appelons eau-de-vie, et qui donne mille maux divers à quiconque en a trop bu. La petite-vérole, née dans l'Arabie-Heureuse, n'était qu'une faible éruption, une ébullllion passagère sans danger, une simple dépuration du sang : elle est devenue mortelle en Angleterre, comme dans d'autres climats ; notre avarice l'a portée dans ce Nouveau-Monde; elle l'a dépeuplé.
Souvenons-nous que, dans le poëme de Milton, Adam demande à l'ange Gabriel s'il vivra longtemps. Oui, lui répond l'ange, si tu observes la grande règle Rien de trop. Observez tous cette règle, mes amis ; oseriez-vous exiger que IJieu vous fit vivre sans douleur des siècles entiers pour prix de votre gourmandise, de votre ivrognerie, de votre incontinence, de votre abandonnement à d'infâmes passions qui corrompent le sang, et qui abrègent nécessairement la vie ?
(J'approuvai cette réponse ; Parouba en fut assez content ; mais Birton ne fut pas ébranlé ; et je remarquai dans