XXXII INTRODUCTION
particulière, soit enfin pour se donner à elle-même un système sur les maladies et les moyens de les guérir.
La médecine grecque va mettre sous nos regards le spectacle inverse. Du commencement à la fin , nous la verrons s'allier de son côté à la philosophie, soit qu'elle s'en inspire dans la détermination des règles à suivre dans la recherche, des devoirs à observer dans la pratique ; soit qu'elle lui demande des théories sur des objets étrangers, pour s'éclairer en s'étendant et se complétant.
La première origine de la médecine en Grèce est fort obscure et se perd dans les nuages de la mythologie. Ce qui paraît certain, c'est qu'elle a son berceau dans la religion, comme la philosophie, comme la civilisation môme. Esculape en serait le père et le dieu tout à la fois. Podalire et Machaon l'auraient introduite, avec le culte d'Esculape, le premier dans le Péloponèse, le second en Asie Mineure. Des Asclépions furent alors bâtis çà et là, en des endroits salubres, sur les hauteurs, parmi des bois sacrés; et, dans ces temples, les malades furent traités et quelquefois guéris par les prêtres, au moyen de remèdes plus ou moins efficaces, mêlés à des cérémonies superstitieuses (1). C'est l'âge des
(1) Voir Littré, Œuv. compl. dllipp., 1. 1, p. 9. 10; Bouchut, Hist. de la méd., t. I, p. 15-18.— Voir d'intéressants détails dans VAsclepeeion d'Athènes, par Paul Girard,
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temples ; c'est l'enfance de la médecine grecque , d'abord exclusivement religieuse (1).
Mais un mouvement se fait bientôt dans les esprits. Du libre génie grec sort spontanément la philosophie, c'est-à-dire la curiosité universelle, qui s'applique à tout pour tout expliquer. Or la philosophie ne se livre pas seulement pour son propre compte à toutes sortes de recherches médicales, elle provoque, à côté d'elle , la naissance d'écoles médicales , qui s'inspirent d'elle, d'écoles libres comme elle. Telles sont les écoles de Grotone et d'Agrigente, et peut-être l'école de Cyrène, citée et vantée par Hérodote, mais dont le vrai caractère est mal connu (2). — A peu près dans le même temps, les gymnases prennent de l'importance. Les directeurs de ces établissements, gymnasiarques et gymnastes, invités par leurs fonctions même à donner à leurs clients des soins hygiéniques, à remédier aux accidents, construisent peu à peu un système médical qui leur est propre, et fondent une sorte de médecine populaire, qu'on peut appeler, qu'on appelle la médecine des gymnases (3). — Or, de cette publicité et, si je puis le dire, de cette laïcité des écoles médicales issues de la gymnastique et de la philosophie, résulte cette chose grave : soit entraînement, soit nécessité de lutter contre une rivalité menaçante , les Asclépions , jusque-là hermétiquement clos, s'ouvrent, et les Asclépiades, jusque-là sédentaires, en sortent, pour aller de ville en ville, de maison en maison, exercer la médecine
(t) Littré, Œuv. comp. dyttipp.y t. I, p. 5, G,
(2) Houdart, Hist, de la méd* grecq., I, m, p. 128-133.
(3) Sprengel, Hist. de la mèd,, t. I, p. 273-275.
XXXIV INTROIUXTIOX.
au grand jour. Les voiles se déchirent, et l'ancienne médecine, celle de la tradition, se sécularise. De là trois grandes écoles médicales, trois écoles asclépiadéennes, celle de Rhodes, celle de Gnide, celle de Cos. C'est l'âge des écoles ; c'est la jeunesse de la médecine grecque, maintenant émancipée (i).
Puis Alexandrie se fonde, aux confins de deux mondes et de deux civilisations ; les Ptolémées y rassemblent des livres et des collections, y créent la bibliothèque et le musée, appellent les philosophes, les savants, qui accourent; un grand mouvement intellectuel naît, se développe, se propage. La médecine en reçoit une impulsion nouvelle. Le génie des anciennes écoles de Cnide et de Cos se rallume plus ardent en ce vaste et brûlant foyer, et leurs doctrines contraires s'accusent avec plus de netteté et de force, en supposant et se combattant. L'empirisme et le dogmatisme, armés de toutes pièces, se mesurent, s'enlacent, comme deux athlètes, tour à tour vaincus et vainqueurs. Un troisième lutteur paraît enfin dans l'arène, le méthodisme, issu du scepticisme de Pyrrhon et de l'atomisme d'Épicure. C'est l'âge des sectes ; c'est la virilité de la médecine grecque, enfin scientifique.
Or, si vous mettez à part la médecine exclusivement religieuse du premier âge, et, dans le second, la médecine exclusivement pratique des gymnases, vous constaterez partout une alliance perpétuelle, intime, entre la médecine et la philosophie.
Peut-être y aurait-il lieu, môme dans la médecine des gymnases , de chercher quelque idée philoso-
(1; Littré, Œuv. comp. d'Hipp., 1. 1, p. 6, 9.