‹ La philosophie des médecins grecsChapitre 23 sur 83 · INTRODUCTION. XXXV · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. XXXV

phique ou du moins morale. C'est ce que donne à penser un passage remarquable (1) où Platon blâme ^.j^k ^t Hérodicus d'avoir employé les exercices et le régime à prolonger la vie des valétudinaires. Cet art de faire vivre des gens qui n'en ont pas la force, de quelle utilité est-il à l'État? A ce point de vue tout républicain, qui est celui de l'antiquité, Hérodicus a-t-il songé à opposer le point de vue, qui sera le nôtre, de l'individu rendu sacré par sa qualité d'agent moral ? Nul doute qu'il n'ait été conduit par le soin de sa santé chancelante à se préoccuper de celle de ses pareils ; mais, une fois sur cette voie, il n'est pas impossible que lui ou quelqu'un des siens se soient élevés à une conception qu'il est si naturel d'y rencontrer.

Mais où il n'est pas douteux que la philosophie ait sa place au sein de la médecine, c'est dans les écoles médicales issues de la philosophie, notamment dans celle que Galien appelle italique (2) et qui comprend les écoles de Crotone et d'Agrigente.

L'école de Crotone, la plus célèbre de toutes du temps d'Hérodote, qui l'affirme et qui devait le savoir (3), ayant son siège au siège même du pythagorisme , fille du pythagorisme , ne pouvait pas ne pas être toute pénétrée de philosophie et de philosophie pythagoricienne. Le peu que l'on sait de Démocède ne nous apprend rien à cet égard ; mais un renseignement sur Alcméon nous est une lueur dans ces obscurités. Alcméon définissait la santé

(1) Édition Charpentier, t. VII, p. 173 et suiv.

(2) Littré, Œuv. compl. d'Hipp., t. I, p. 1C.

(3) Exilé dans la Grande Grèce, il composait son histoire à Thurium. '

XXXVI INTIii.au i '11"1-

n l'harmonie » et la maladie « la discordance, » Sprengel veut qu'il s'agisse de l'harmonie et de ia discordance des fonctions (!) ; mais j'en croirais plutôt, quoi qu'il dise, Stobée (2) et Plularque (3), qui entendent l'harmonie et la discordance des qualités élémentaires : le sec et l'humide, le chaud et le froid, l'amer et le doux, Comme l'observe Liltré (4), ces oppositions étaient connues dès ce temps-là. Quoi qu'il en soit, cette harmonie et cette discordance sont toutes pythagoriciennes et laissent deviner un philosophe de celte école dans le médecin Alcméon (5).

L'école d'Agrigente ne paraît pas moins imbue de philosophie. Eptcharme, né à Cos, mais qui passa sa vie eu Sicile, nous est donné comme un disciple de Pythagore, et l'on trouverait sans doute des traces de pylhagorisme dans ses ouvrages de médecine, s'il en restait quelque chose (6). Il est permis de croire que Pausanias, ami d'Empédoclc. , en partageait jusqu'à un certain point les idées philosophiques (7). Quant à Acron, également contemporain d'Empédocle , mais son rival, quelques-uns en l'ont un

(1) Hist. de la mal. , l. I, p. 243.

(2) Disc, !)!), p. 542.

(3) Plnjs. phil. décret., I. V, ch. xxx.

(4) Œuv. compl. d'IIipp., 1. 1, p. -14.

(5) Diog. Laerce (fie d'Alcméon) fiiit d'Alcméon un disciple de Pythagore lui-me.me et dit que, suivant lui, toutes les choses hutniiines sont doubles , ee qui semble bien se rapporte!' à l'opposition Jes qiinlilôs éltuientah'es.

(G) Diog. Laerce, Mil (Via d'Kpicharme); -l'line, Hist. nat., 1. XX, ch. n. Non-seulement ces ouvrages sunt perdus, mais

(7j Houdart, Hist. do la mëd. yrecq.

ISTKODUCTÎON. XXXVII

pythagoricien, tandis que Pline et même Galien le considèrent comme le premier ancêtre de la secte empirique. Peut-être a-t-il ressenti l'influence de l'école ionienne, plus particulièrement vouée à l'observation ; peut-être, dans l'ardeur de Ja lutte, a-t-il opposé l'expérience aux visées spéculatives de son adversaire. Il serait alors le premier médecin qui se serait spécialement occupé de la logique de son art (i).

Avec les écoles asclépiadéennes, plus de lumière va se faire, grâce à de nombreux ouvrages subsistants. — Je pense à l'école de Cos, car nous savons peu de chose de l'école de Gnide, et rien de celle de Rhodes.

L'école de Rhodes paraît avoir brillé de bonne heure, mais d'un éclat peu durable. Dès l'époque d'Hippocrate et d'Euryphon, elle était en pleine décadence et ne comptait plus. Gomment n'est-il rien resté de recherches de médecins qui furent célèbres, pas même les noms, et rien de livres qui furent nombreux (2), pas même les titres? C'est le secret du temps. Tout ce qu on peut conjecturer, en cette complète absence de renseignements , c'est que l'école de Rhodes, plus ancienne, a dû faire une moindre place à l'élément philosophique.

Le grand nom de l'école de Gnide est Euryphon , cité comme tel par Galien. Contemporain d'Hippocrate, il était son aîné. On nomme après lui Gtésias, plus jeune qu'Hippocrate , qu'il paraît avoir critiqué

(1) Diog. Laerce, VIII (Vie d'Empédocle);— Renouard, Hist. de la méd.,t. I, p. 129, 130.

(2) Car Rhodes a eu sa bibliothèque, comme Gnide , comme Cos (Houd , ouvrage cité).

Page 1