PRÉFACE
En 1855, je soutenais en Sorbonne une thèse latine sur la philosophie d'Hippocrate, et Tannée suivante je lisais à l'Académie des sciences morales et politiques un mémoire sur le même sujet, plus approfondi, sans l'être encore assez. Depuis cette époque, à travers d'autres préoccupations, d'autres travaux, et les mille misères humaines, je n'ai cessé de poursuivre, à bâtons rompus, les mêmes recherches sur les autres médecins grecs, lesquels sont tous, en des mesures diverses, des médecins philosophes, et notamment sur Galien, le médecin philosophe par excellence. C'est de là qu'est né ce livre, composé de ces
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études successives, corrigées ou développées, fondues ensemble, et complétées par des études nouvelles sur des points qui m'avaient d'abord échappé.
Sans rien préjuger du sort réservé à une publication si sévère, je suis du moins certain de ne regretter jamais le temps que j'y ai employé. Convaincu, dés la première heure, comme on l'est généralement aujourd'hui, de la nécessité d'allier étroitement la philosophie et les sciences, singulièrement les sciences médicales , j'estime avoir fait œuvre utile en montrant comment les médecins grecs entendaient et pratiquaient cette alliance-là. J'ai en même temps tiré de l'injuste oubli où elles gisaient au fond de traités que tout le monde honore sur la foi de la tradition, que personne ne lit, maintes théories logiques, morales, physiques, les unes vraies, les autres ingénieuses, quelques-unes fort analogues à nos plus récentes découvertes, presque toutes de nature à éclaircir des obscurités de la philosophie ancienne, ou à combler des lacunes. Enfin, il ne me déplaît pas, ayant commencé ma carrière par un essai sur les Théories de V entendement humain
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dans l'antiquité, de la terminer par un essai sur La philosophie des médecins grecs : deux ouvrages à plus d'un égard complémentaires l'un de l'autre, et qui se rapportent également à cette belle antiquité, qui procure à ses fervents tant de solides et sérieuses satisfactions, et ne laisse indifférents que ceux qui ne la connaissent pas. Je crois pouvoir dire que j'ai souvent marché en des chemins infréquentés. Si, toutefois, personne avant moi, à ma connaissance, n'avait entrepris de ce point de vue un si long voyage à travers de si vastes espaces, plusieurs, et des illustres, m'avaient aplani la voie, ouvert des éclaircies, par de savantes éditions, de profonds commentaires, des études circonscrites sur une période, une école ou un médecin. Littré et Daremberg m'ont été une lumière et un secours perpétuels. M. Guardia, également compétent en philosophie et en médecine, en science et en histoire, m'a souvent guidé ou averti. Je n'ai pas consulté sans profit le Dr Houdart, trop peu
connu. J'ai trouvé peu de renseignements exacts chez nos modernes historiens de la médecine, trop peu familiers avec la philosophie, mais je