‹ La philosophie des médecins grecsChapitre 33 sur 83 · INTRODUCTION. LV · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. LV

fausse joie. Galien annonce d'abord qu'il dira en quoi diffèrent les empiriques Sérapion, Ménodote, Héraclide et Teutas ; mais il nous entretient seulement ensuite de leur jactance, de leur orgueil effréné, de leurs violences et de leurs injures à l'égard des dogmatiques, sans excepter Hippocrate. Il faut recueillir ailleurs quelques indications douteuses et de peu d'intérêt. Il est à remarquer que , parmi les auteurs , les uns (c'est le plus grand nombre) attribuent la fondation de la secte empirique à Philenus (1) , les autres à Sérapion (2) : on peut induire de là que le premier a seulement émis l'idée générale du système, qui est de s'en rapporter à l'expérience seule, et que le second a commencé à la développer (3), en analysant l'expérience et en distinguant ses espèces. La division en observation , histoire et passage du semblable au semblable, paraît en effet remonter jusqu'à lui (4). Ménodote est l'inventeur du mot épilogisme, en opposition au mot analogisme (5). Il est probable que, avertis par l'empirisme , les dogmatiques , tout en maintenant la nécessité du raisonnement, admettaient l'utilité du passage du semblable au semblable dans certains cas et l'expliquaient à leur façon; Ménodote l'aurait alors expliqué à la sienne, dans le sens empirique , et aurait consacré cette interprétation par un mot nouveau, pour la mieux distinguer de l'interprétation adverse. Il aurait déplus considéré le passage du semblable au semblable comme un

(1) Inlrod. attribuée à Galien, ou du Médecin, ch. IV.

(2) Celse, De re medica., prsefalio.

(3) Sprengel, Hist. de la méd.t t. I, p. 483.

(4) Gai., De l'empir., ch. in et xm.

(5) Id., ibid f ch. xm.

LVI INTIIOM'CTION.

procédé indispensable dans la pratique, mais nullement scientifique. Tentas , partageant la même opinion, se fut également refusé, dans non livre Des parties, à admettre le passage du semblable au semblable parmi les parties do la médecine (1). H semble, avec Iléraclide, et peut-être sur ses traces, avoir fait justement remarquer que, si les empiriques n'emploient pas le raisonnement, comme les dogmatiques, pour découvrir les causes des maladies, ils en usent, comme le commun des hommes, pour distinguer le général du particulier, le vrai du faux et le clair de l'obscur ^2). — Une dernière indication: si j'entends bien un passage de Galieri (3), le mot trépied appliqué aux trois opérations de la mùlhode empirique serait de Glaucias.

Le méthodisme, le dernier venu dans la famille des sectes alesandrines, a une autre pairie, comme il a un autre caractère. Plus étroitement lié n la philosophie , ou du moins à une certaine philosophie, c'est à Morne qu'il prend naissance et se développe avec un succès aussi rapide qu'éclatant. Il est représenté tour à tour par Aseléniade , Thùmison , Celse , Thessalus, Soranus, Cœlius Aurelianus. L'auteur de Y Introduction ou du médecin cite encore parmi lea méthodiques Mnaséas, Denys, Proclus, Antipater (4). Mais les premiers noms, plus célèbres, expriment cette doctrine médicale dans tout ce qu'elle a d'essentiel et de notable.

Il faut encore distinguer entre ces noms: Asclé-

(1) Gui., Del'empir,, oli. u, m, i

(2) W., ibiil., cil. u, m, iv, xm.

(3) Id.,i6id., eh. 11,111, iv.

(4) ».,#«., «h. iv.

INTRODUCTION. LVH

piade , Thémison et Thessalus sont évidemment les trois grandes personnalités méthodiques. Ils sont cités comme tels par tous les anciens, singulièrement Galien etCœlius Aurelianus. Celui-ci met toujours en première ligne Asclépiade et Thémison (1); il cite moins souvent Thessalus , mais encore avec honneur (2). Gelse , qui n'était peut-être pas même médecin, n'a fait que rédiger excellemment la doctrine de ses maîtres ; on ne saurait rien de Soranus sans Cœlius Aurelianus ; et, si celui-ci n'est pas un simple traducteur, il est difficile toutefois de voir autre chose qu'un commentaire ou une compilation dans le traité Des maladies aiguës et chroniques (3).

Or Asclépiade , Thémison et Thessalus paraissent avoir chacun leur rôle spécial. Asclépiade est le physicien de la doctrine , et , quoiqu'il tire de son système de la nature en général et de la nature humaine en particulier une méthode médicale conséquente et des applications médicales rigoureuses , il laisse sur ces deux points beaucoup à faire à ses successeurs : ce qui nous explique comment Galien attribue la fondation de la secte à Thémison, et fait figurer Asclépiade parmi les dogmatiques , à la suite

(1) De morbis acutis et chronicis, I, 14, 15, 16; II, 9, 12, 23, 38, etc.

(2) Ibid., II, 33, 37 ; III, etc.

(3) De cette phrase de Cœlius : « Soranus autem, cujus verissimas apprehensiones latius sermone describere laboramus ( II , 27) », on a conclu qu'il n'avait fait que traduire Soranus. C'est exagérer le sens de describere. On voit par mille passages que Cœlius reproduit la pensée de Soranus, mais librement. Quand il cite simplement, il l'indique (II, 19, 22, 26, 29, 31, 33, 34, 37 etc., etc ).

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