‹ La philosophie des médecins grecsChapitre 9 sur 83 · INTRODUCTION» XV · texte numérisé non relu

INTRODUCTION» XV

goriciens, il professe la théorie des semblables, et il y ajoute celle des émanations et des pores, ceux-ci servant de chemin à celles-là. Il donne de chacun des sens des explications qui supposent une étude attentive de l'organisme (1). Sa théorie de l'intelligence proprement dite accuse le même esprit et les mêmes préoccupations. « L'intelligence humaine , dit-il, trouve son aliment dans les flots bouillonnants du sang; c'est là que réside proprement la raison ; le sang qui environne le cœur, telle est la raison de l'homme (2). » Le médecin paraît plus visiblement dans les théories de la respiration, de la nutrition et surtout de la génération; ses idées sur cette dernière fonction vitale ayant survécu même à l'antiquité et laissé des préjugés qui durent encore (3). Enfin c'est un médecin et même un praticien qui rappelle à la vie une femme asphyxiée qu'on croyait morte (4), qui met fin à une épidémie causée par un vent malsain, en lui bouchant le passage entre deux montagnes (5), et qui bannit les fièvres en conduisant des eaux vives et pures à travers un marais pestilentiel (0).

(1) Platon. Menon, édit. Charp., t. IV, p. 33G. — Arist., De sens. et sensil., III. — Plutarq., De plac, 1,9.— Voir l'exposition détaillée de toute cette théorie de la sensibilité, Des théories de l'entend, hum., p. 87-92.

(2) Empédocle, De la Nat., vers 315.

(3) Plutarq., De p/ac.,V, xn; — Galien, De semine, II; -Arist., De générât, animal., II, i.

{4) IMog. Laerc,, VIII.

(5) Plutarq., Adv., Colot.— Diogène Laerce et Suidas, dans l'article qu'ils consacrent à Empédocle, racontent ce fait d'une manière absurde.

(G) Diog. Laerce, ibid. — Voir Sprengel, Hist. de la Mcd., I, p. 243; et Guardia, La Mêd. à travers les siècles, p. 134.

Sans ôlro expressément médecin comme Empédocle, Démocrite n'est guère moins que lni versé dans la médecine. Sa doctrine en porte de frappantes marques. Il procède du corps à l'âme, qui lui ressemble par sa composilion, et explique la continuité de la vie par la respiration, sur laquelle il a une ingénieuse théorie. Il adopte la théorie des semblables et rend compte de la sensation par les émanations de l'objet et les pores du sujet, sans qu'on puisse savoir si ces idées ont été empruntées par Démocrite à Empédocle, ou par Empédocle à Démocrite, ou inventées des deux côtés à la fois. Tout ce qu'on peut dire, c'est que Démocrite paraît les avoir'développées davantage et y a attaché son nom. On l'a accusé de folie : no serait-ce pas que, philosophemédecin, il s'est beaucoup occupé de celle lamentable maladie, qui n'est ni du corps ni de l'âme, mais de l'homme tout enlier? Enfin on a pu sans invraisemblance lui prêter ces remarquables paroles : « Tous les hommes, 6 Hippocrate, devraient Cire initiés aux secrets de la médecine. Quelle belle chose que cet art, et combien utile, et combien digne d'un savant homme I La sagesse et la médecine, ce sont deux sœurs faites pour vivre dans une étroite intimité. La sagesse calme les passions de l'âme, la médecine guérit les maladies du corps (!). « Tout indique que Démocrite cultivait la médecine pour elle-même. Il disséquait des animaux, et Pline assure qu'il avait consacré tout un livre à décrire l'anato-

(1) Fiutarque, Symp., VIII, Ripptic, soct, VIII.

-Lettre de Tkhtwritt: a

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mie du caméléon (1). Il avait étudié les principales fonctions vitales, singulièrement la génération, avait observé les épidémies, placé la cause des maladies dans les irrégularités de la nutrition et les influences du dehors, leurs remèdes dans le régime. Et toutes ces recherches avaient fait le sujet de plusieurs ouvrages de médecine, qui lui sont formellement attribués par Gœlius Aurelianus, savoir: De la nature de F homme ou de la chair; — Des humeurs; — Des pestes, ou des maux pestilentiels ; — Le pronostic ; — De la diète;— Sur les fièvres ; — Sur les maladies convulsives.

Ainsi, durant tout cet âge, la philosophie est dans un étroit et constant rapport avec la médecine. Elle se livre à mille recherches médicales, à mille observations médicales, d'où elle tire ses explications générales ou particulières des choses; et, comme elle embrasse tout dans ses ambitieux systèmes, elle donne toujours, ou presque toujours, à ses doctrines de l'homme en santé leur corollaire naturel, une doctrine de l'homme malade.

Socrate, qui apporte cependant une méthode nouvelle, des directions nouvelles, des inspirations nouvelles, ne modifie pas notablement ces habitudes de la philosophie. Après lui comme avant lui, l'organisation vivante, telle qu'elle apparaît dans l'homme ou l'animal, continue de servir de type à la conception de l'univers. Après lui comme avant lui, l'âme humaine est considérée, étudiée dans son union au corps, sans lequel elle serait comme si elle n'était pas, même lorsqu'on admet qu'elle en diffère essen-

(1) L. XXVIII, ch. vin.

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