‹ La philosophie des sciences et le problème religieuxChapitre 5 sur 10 · IZ LA PHILOSOPHIE DES SCIENCES · texte numérisé non relu

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tion se détruisant réciproquement. L'on voit, au contraire, fort bien, deux vagues superposées s'annulant Tune l'autre si le faîte de Tune vient à coïncider avec la base de l'autre.

Dans ces dernières années, la théorie a reçu une magnifique confirmation : M. Lippmann, en matérialisant, pour ainsi dire, les ondes hypothétiques de Fresnel, a fait la photographie des couleurs (8).

Cependant, au milieu du xixe siècle, Maxwell faisait une autre synthèse théorique de la lumière.

Ampère et Fresnel avaient bien eu l'intuition de rapports intimes entre les phénomènes optiques et électriques, « mais la nature de ces rapports nous échapperait peut-être encore si le génie de Maxwell ne l'avait devinée (9) ».

Un fil de cuivre laisse passer le « courant » dîme pile, il n'en est pas de même d'un fil de soie. L'ancienne physique disait que le premier fil est conducteur et que le second est diélectrique, L'on regardait les corps tels que le bois, la soie, le verre, comme plus résistants que les métaux. Maxwell a eu l'intuition que ce n'est pas « résistance plus grande » qu'il faut dire, mais bien : « résistance de nature différente ». A ses yeux, la résistance, très faible, des conducteurs est comparable à celle qu'oppose un fluide visqueux, et la résistance, très grande, des corps non conducteurs ou diélectriques est comparable à la résistance d'un ressort bandé.

Maxwell, se reprenant d'ailleurs plusieurs fois, se contredisant lui-même constamment, crée une électrostatique et une électrodynamique des diélectriques ; il étudie comment se propagent, avec ses hypothèses,les perturbations électriques créées par les vibrations périodiques d'un champ magnétique et il trouve que la vitesse de propagation doit être celle de la lumière. De là à affirmer que la lumière est due à une suite de courants alternatifs qui se propagent dans un éther diélectrique (substitué à l'éther élastique de Fresnel), courants qui changeraient de sens plusieurs millions de fois par seconde, il n'y avait qu'un pas à franchir et Maxwell Ta franchi avec une audace qui eût fait traiter de fou un homme médiocre (10).

L'œuvre de Maxwell est pleine d'incohérences logiques ; il a deviné le lien des phénomènes électro-magnétiques et optiques et il n'a fait qu'esquisser une théorie rationnelle. Après sa mort, Hertz réalisa ces ondes dont il avait prophétiquement affirmé l'existence (11).

La théorie de Fresnel a eu comme consécration la photographie des couleurs ; —celle de Maxwell a trouvé son application pratique dans la télégraphie sans fil à laquelle le nom de M. Brauly restera attaché.

Et voici donc acquises deux conceptions satisfaisantes, très différentes mais équivalentes, en somme, des phénomènes lumineux. N'est-il point admi-

rable que, dans l'intervalle d'un siècle à peine, une théorie ruinée, celle de l'émission, ait pu être deux fois remplacée ?

Mais l'histoire des idées scientifiques est plus belle encore. Il est des hommes, pour l'honneur et la gloire de l'humanité, des amants de la Nature, qui, penchés fiévreusement sur elle pour sentir son divin frémissement, amoureux du mystère qu'elle porte en son sein, désireux de se rapprocher d'elle, de l'étreindre, de s'identifier à son unité majestueuse et infinie, la contemplent activement avec toute la force de pensée qui est en eux...

Maxwell avait apporté, dans notre conception du Cosmos, plus d'unité, puisqu'il reliait l'optique à l'électricité. Une nouvelle école, à la tête de laquelle se trouve M. Lorentz, a rattaché tout récemment ces deux sciences à la chimie physique par une nouvelle théorie qui a pour but de mieux rendre compte de phénomènes, tels que Y aberration. Pour M. Lorentz, l'électricité adhère à la matière, et les phénomènes électriques sont dus à certaines petites masses matérielles très ténues et chargées d'électricité ; il appelle ces petits corps des ions ou électrons. La théorie de M. Lorentz a fait prévoir le phénomène de M. Zeemann où le magnétisme agissant sur une source lumineuse monochromatique vient la modifier dans la durée de sa période et la polariser.

C'est une nouvelle théorie d'émission qui renaît et à laquelle les découvertes récentes sur les rayons cathodiques, les substances radio -actives, etc., donnent un grand prix.

D'une ampoule vide, où jaillit 1 étincelle électrique, sortent des rayons dits cathodiques, déviables par l'aimant et déchargeant les conducteurs électrisés.

Les physiciens ont tout de suite interprété ces rayonnements par l'hypothèse des électrons, tandis que l'interprétation par les ondes de Fresnel, très longues, ou par les ondes de Maxwell, très courtes, ne semble pas facile.

Il paraît inutile de donner plus d'ampleur au récit de « l'histoire des variations » des théories optiques.

L'on peut dire que les trois théories des ondes élastiques, des ondes électriques, dés électrons, sont chacune à peu près satisfaisante.

De chacune une part demeurera et d'autres théories verront le jour...

Le spectacle de l'évolution des théories physiques ne mériterait-il pas d'appeler notre méditation profonde alors que nous avons devant les yeux ces trois conceptions scientifiquement équiva-

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