CHAPITRE IH
Théole^e des animaux.
D. Groyez-Yous réclleineiitt que le nombre des animaux surpasse celui des plantes?
R. Je serais même très-disposé à croire que chaque piaule est un monde habité par de nombreuses familles d animaux, et je ne pense pas que cette opinion puisse étonner ceux qui , sans faire une étude spéciale de la zoologie, ont suivi de loin les progrès de cette science.
Si vous avez lu l'auteur des Éludes de la nature^ vous vous souviendrez peut-être de la description de Tincroyable variété de petites mouches qu'il observa sur un fraisier , venu par hasard sur sa fenêtre j au milieu des fumées de Paris (1). Bernardin de Saint-Pierre pensait avec raison que, outre cette population nomade, son fraisier devait nourrir un grand nombre de fiimilles indigènes, et il citail; à ce sujet les observations de Leeuwenhoek , de Robert Hook, etc., constatant Vexistence de milliers d'animalcules dans une goutte de liquide de la grosseur d'un grain de millet.
Aujourd'hui que la carrière ouverte par les Leeuwenhoek, les Linné, les Réaumur, les Lyonnet, les Spallanzani, etc., est parcourue par une multitude de naturalistes armés d'instrum^its d'une grande puissance, il est démontré que les végétaux et les liquides fourmillent d'animaux vivants, et que ceux-ci, par leurs dépouilles, forment en majeure partie le sable des mers et un bon nombre de nos couches terrestres. Parmi les observations récentes les plus curieuses et les mieux constatées, je n'indiquerai que celles , en Allemagne, de M. Ebrenberg, professeur à Berlin, et de M. d'Orbigny, en France. Le premier a prouvé que la pierre siliceuse , connue sous le nom de tripoli (dont la
(1) Yoy. Étvth première.
poussière est d'un grand emploi dans le polissage des pierres et des métaux) , est uniquement composée de carapaces d'animalcules infusoires appartenant à trois espèces distinctes ; et il estime qu'un centimètre cube de cette pierre , pesant environ six décigrammes , renferme plus de deux milliards d individus de l'espèce appelée gaiîlonella distans. M. d'Orbigny a constaté que les tests ou coquilles des animalcules du genre des foraminiféres (dont on connaît déjà environ quinze cents espèces) , sont tellement prodigués dans le calcaire des environs de Paris, qu'un pouce cube, pris au hasard à la carrière de Gentilly, en donne de cinquante à soixante mille.
Il est donc certain que l'échelle de la vie animale commence à une profondeur incalculable au-dessous de l'homme ; — que le nombre des espèces dans chaque genre, et des individus dans chaque espèce, va croissant à mesure que nous descendons dans cet abîme ; — qu'une grande portion de lamalière solide de notre globe, réputée jusqu'ici inorganique, prend désormais place parmi les produits d'êtres doues d'une vie supérieure à celle des végétaux ; — enfin, que, dans l'état actuel de la science, la prétention de calculer approximativement le nombre des espèces animales serait parfaitement absurde.
Abandonnons aux savants l'exploration des miracles de sagesse et de puissance qui éclatent dans l'organisation, les mœurs et l'industrie des habitants d'un monde totalement inconnu avant l'invention du microscope. Comme nous avons fait pour le règne végétal, choisissons dans le nombre des animaux visibles une espèce quelconque bien connue, par exemple, la chenille.
D. Ne pourriez- vous pas choisir un sujet plus avenant ?
E. Eh bien! prenons le charmant volatile qui, par un beau caprice de la nalurej est en même temps le père et le fils de la chenille.
Vous savez probablement que, à certaine époque de Tanncc, les chenilles cessent tout à coup de ravager nos arbres