‹ La Philosophie Du Catéchisme CatholiqueChapitre 11 sur 230 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

pour se eonstruire, de leur propre substance, un palais d'or {chrysalide) qui sert de tombeau à la chenille, de berceau au papillon.

La chrysalide varie quant à la forme et à la couleur, quant à la manière dont elle se suspend ou se colle à une feuille, à un ramuscule; mais, soit qu'elle reste à découvert, comme dans la plupart des espèces , soit qu'elle s'entoure, comme le ver à soie, d'un merveilleux tissu, elle offre toujours une demeure parfaitement abritée contre les intempé ries de l'air, et abondamment pourvue des choses nécessaires à la première éducation du nouvel être qu'elle contient. Que se passe-t-il dans cette mystérieuse retraite où Ton aperçoit à peine quelques légers mouvements ? Nous l'ignorons. Mais, après un intervalle qui peut s'étendre de vingt jours à trois cents , nous voyons la paroi la plus mince de la maisonnette se briser et livrer passage à un animal dont la structure, les mœurs et les instincts diffèrent prodigieusement de ceux de la chenille.

Celle-ci rampe misérablement à terre et sur les arbres, n'a pour se hasarder dans les airs qu'une corde qu'elle file péniblement» ne vit que du parenchyme des feuilles qu elle broie à l'aide d'une mâchoire, qu'elle digère dans un ou plusieurs estomacs qui se prolongent d'un bout de son corps à l'autre. Au contraire, par l'élégance de son organisation, de ses vêtements, de ses allures, le papillon est un des plus aimables habitants de l'air, ne vivant que du suc le plus délicat des fleurs, qu'il puise à l'aide d'une trompe ou d'un suçoir. Bien ne peint mieux le contraste de ces deux êtres, qui paraissent pourtant n'en faire qu'un , que ces locutions proverbiales : Laid comme une chenille , joli comme un papillon.

Laissons à de plus habiles l'examen détaillé du corps de l'insecte, et, nous bornant aux ailes, faisons-en une étude qui soit à la portée de tous.

n n'y a personne, depuis l'enfant jusqu'au vieillard, qui n'admire la richesse, l'éclat vt la variété des couleurs de bon

nombre de papillons de jour. U n' j a personne encore fui ne sache qu'il suffit de frôler entre les doigts l'aile d'u papillon pour en ôter les couleurs et réduire ce riche tableav à n'être plus qu'une toile transparente. £n examinant au microscope la poussière colorante qui s'est attachée aai doigts, on trouve que ces pulviscules sont autant d'éeaiUes Ott de plumes taillées sur différents modèles, et destinées^ par leurs facettes lisses et polies, à produire de grands effets de lumière. L'examen de la toile ré\èle aussi deux tissiiSi dont l'un est comme la charpente ou le canevas de Taile, dont l'autre est une gaze unissant beaucoup de solidité à nme incomparable délicatesse, et cribla d'une infinité 4ê logettes propres à recevoir les plumes on les écailles. Rai* sonnons maintenant.

Quel est Tartiste qui a conçu et exécuté avec tant de pro^ fusion ces inimitables tapisseries devant lesquelles le chef* d'ceuvre que l'atelier des Gobelins avait envoyé à l'Exposition de Londres (le massacre des Mameluks) n'est qu'vne grossière ébauche ? Qui a dirigé avec tant d'adresse la trame de ces millions de fils ? Quel est l'opticien qui a taillé, arrangé et planté ces mQlions d'écaillés ou de plumes? Mettons qu'il n'y ait là que ce que l'œil nu y découvre, une toile et de la poussière; quel est le peintre qui, après avoir préparé la toile, a si bien choisi et disposé ces atomes ée poussière, qu'il en résulte un tableau au pastel d'une perfection désespérante?

M'est-il pas vrai que, prnir l'esprit qui veut se recueillir un instant, l'aile d*un papillon lui révèle Dieu avec autant de puissance que le spectacle des cieux ?

D. 0«ii, certes, et je pense qu'on multiplierait beaucoup les auditeurs de théologie eu altachant ainsi la plus gra«e des sciences à l'aile d'un papillon. Cela vaudrai! Mettx, ce semble, qu'une foule d'argumentations latines et autres qui frappent peu, alors même qu'on a la patience de les lire ou de les écouter.

R. Soit, mais pour faire de la théologie qui joigne l'agré-

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me«d à k forée, peutréti\e e8t-il à propos q«e notre esprit rampe dans la poussière de Fécole et yhe d'abord de latin , daufares choses, à l'exemple de la chenille, qui vit longtemps de siics grossiers avant de s'envoler vers les deux.

Eoctfe un mot sur le papillon. Sa carrière est aussi courte que brillante ; il ne survit pas à la saison qui Ta V0 naitre. Image de la légèreté et de rinsoucianee, il n'en tient pas moins à revivre dans sa postérité, et on peut le citer comme un modèle de prévoyance et de tendresse paternelle. Le moment de la ponte arrivé, s'il appartient aux espèces qui déposent leurs œufs à terre, soyez sûr qu il les mettra à proximité du végétal qui devra fournir à ses petits leur premiè«« nourriture. S'il pond sur un arbre, il choisira l'arbre nourricier de sa famille, disposera ses œufs ai groupe ou en amaeaa circulaire autour d'une branche, ayaat soin de jdiacer en dehors la pointe de ïamf par laquelle sortira la chenille, attention que sa mère la chenille avait eue pour lui-même en construisant la chrysalide. Ces œufs, il les couvrira d'une espèce de colle ou de vernis, pour qu'ils ne soient s^ emportés par le veut ni pénétrés par la pluie et le froid. S'ils doivent traverser l'hiver, la couche de vernis sera telle que l'arbre pourra péiîr par le froid sans que les œufs périssent. L'opération terminée, il dépose sans douleur sa dépouille mortelle, et même, dans certaines espèces, il eu fait un abri à ses couvains.

Si Téclosion a lieu en automne, nous verrons des milliers de petites chenilles profiter des derniers beaux jours pour se jeter sur le parenchyme des feuilles, le convertir en soie ou en coton d'une extrême finesse, et se préparer pour la mauvaise saison des demeures plus impéuétrables au froid que nos appartements les mieux calfeutrés.

O^ pMpter chef-d'œuvre des petites ouvrières en présage d'autres, et, si nous les suivions au travail depuis leur réveil au printemps jusqu'à la formation de la chrysalide, nous trouverions que l'industrie de la chenille, supérieure a la nôtre, égale la beauté du papillon. L'organisation, en ap-

parence si disgracieuse , de ces insectes serait elle-même la matière d'une belle étude.

Le savant Lyonnet, dans ses travaux anatomiques sur une seule espèce, a constaté Texistence, dans chaque individu, de quatre mille muscles bien distincts (1). En calculant grosso modo les combinaisons qu'impliquent la formation de chacun de ces muscles, leur assemblage dans le corps de la chenille, leur agencement avec mille autres petits organes, les uns indispensables à la production de la vie, les autres utiles à sa conservation, tels que les poils du magniûque velours qui couvre certaines espèces ; poils visiblement destinés à servir de vêtement à l'animalcule et aussi de parachute, alors qu'un coup de vent le précipite du haut d'un arbre avant qu'il ait eu le temps de dérouler sa corde, etc., etc. ; en calculant, dis-je, ces combinaisons, on arriverait à des cent mille, à des millions de preuves de la profonde sagesse de l'Inventeur de la chenille.

Cela étant, serait-il nécessaire de convoquer les milliards et milliards d'insectes qui nous offrent dans une année, au plus dans dix-huit mois, les trois merveilleuses existences de la chenille, de la chrysalide et du papillon, pour accabler des anathèmes du bon sens les athées, les panthéistes et les pédants sceptiques qui viennent nous répéter la phrase de leur père Rousseau : Ce n*est pas une petite affaire de connaître qu'il y a un Dieu ? (Emile.)

D. Non, je commence à voir qu'il y a assez de sagesse dans une seule chenille pour mettre en déroute tous ces vains discoureurs.

R. Cependant, nous n'avons interrogé, et bien superficiellement, qu'une des espèces qui composent la chaîne immense du règne animal, depuis les animalcules infiniment petits, dont dix milliards ne rempliraient pas i(|ip|bQin, jusqu'à l'éléphant sur le dos duquel l'homme bâtiï des mai-

(0 Voy. son Traiié anaiomiquc de la chenille qui ronge le bois de saule (1762), 1 vol. iu-4oavec planches.— Lyonnet est aussi ie traducteur de la Théologie des insectes, de Lesser.

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