LIVRE II. 26 i
création et le gouvernement de l'univers; 3** avec le rôle de la troisième personne dans l'essence divine.
D. J'entrevois bien quelcpie chose, mais que tout cela est mystérieux !
R. Oui, certes, et cela doit être, puisque la mission du Saint-Esprit a son principe dans l'abîme des générations divines, et son terme dans la régénération de nos âmes, autre abime mystérieux. Mais si la nature de cette mission nous reste inconnue, le fait de son existence est visible à tous les regards, et par l'éclat des prodiges qui Taccompagnent, et par l'immensité du résultat. Voyez donc !
Au moment où le Sauveur va remonter vers le Père, ses disciples, qu'il destine à être la lumière du monde^ sont encore si ignorants de ce qu'ils auront à faire, qu'ils lui demandent s'il ne va pas rétablir le royaume d* Israël. — Jean a baptisé par VeaUy leur dit-il, mais vous serez bapti' ses, vous y par le Saint-Esprit sous peu de jours,.. Vous recevrez la vertu du Saint-Esprit qui descendra sur vous, et vous me rendrez témoignage dans Jérusalem, dans toute la Judée et dans Samarie, et jusqu'aux extrémités de la terre... El les jours de la Pentecôte étant venus, comme ils étaient tous réunis dans le même lieu, il se fit tout à coup un bruit dans le ciely comme d*un vent qui souffle avec violence, et il remplit toute la maison où ils étaient assis ; et il leur apparut comme des langues de feu qui se divisèrent et se posèrent sur chacun d'eux. Et ils furent tous remplis du Saint- Esprit, et ils commencèrent à parler des langues diverses , selon que V Esprit-Saint les faisait parler. Or, il y avait à Jérusalem des Juifs, hommes religieux, de toutes les nations qui sont sous le soleil. Étant accourus en foule, au bruit de l'événement, ils ne savaient que penser quand chacun d'eux les entendit parler en sa propre langue. Dans leur surprise et admiration, ils se disaient Tun à l'autre : Ces hommes qui parlent ne sont-ils pas tous des Galiléens? Comment donc chacun de nous les entend-il parler la langue propre du pays où il est né, etc., etc., etc. (1)?
(1) Actes des apéfres, I, 5-8 ; 11, t-8.
A la vue de ce prodige et du merveilleux coup de fllet par lequel Pierre pêche dans cette multitude trois mille hommes de tout pays, en fait une seule âme, un seul ctBur, et un seul corps par la communauté des biens (1), ne touchezvous pas, pour ainsi dire, au doigt la présence d'un esprit absolument nouveau dans les apôtres et dans leurs premiers disciples ?
D. Oui, pour ceux qui furent témoins du fait, l'accomplissement de la promesse de Jésus-Christ était visible. Malheureusement nous, hommes du dix-neuvième siècle, nous sommes un peu loin du prodige et de ceux qui en furent les témoins oculaires.
R. Si vous êtes loin du prodige, c'est votre faute, car le prodige subsiste toujours, et l'on peut dire, sans exagération, qu'il est aujourd'hui dix-huit cents fois plus éclatant que quand il apparut pour la première fois à Jérusalem.
En effet, si vous n'entendez pas le chef des envoyés du Christ, Simon-Pierre, parler en même temps trois à quatre cents langues différentes , ne voyez-vous pas, ne pouvezvous pas voir trois à quatre cent mille prêtres, envoyés par mille à douze cents évêques, successeurs des apôttes , envoyés eux-mêmes par le successeur de Simon-Pierre, parler sur tous les points du globe près de trois mille idiomes différents, y exprimer éternellement les mêmes choses, et y obtenir la foi aux mêmes dogmes et préceptes, de la part, non de trois mille hommes, mais de près de deux cents millions d'hommes ? Réfléchissez un peu : 1** à ce que sont par nature ces trois à quatre cent mille envoyés qui ne font qu'un dans leur enseignement ; 2® à ce que sont par nature ces deux cents millions d'auditeurs qui ne font qu'un par leur foi ; 3° à ce que sont pour la nature et des prédicateurs et des auditeurs les doctrines dogmatiques et morales du catholicisme; et vous comprendrez, je pense, qu'un tel spectacle, ne duràt-il qu'une seule année, est pour le moins
(I) Acfps do.fi npâfrP'i, TV, 32-35.