DES SAINTS
Je crois la sainte Église catholique.
D. Après ce que vous avez dit de l'Église catholique, dans l'étude du troisième Fait, il ne me reste qu'à vous de-
mander pourquoi on a fait un article de foi de Texistence de l'Église catholique, puisqu'elle est un fait visible.
R. Ce n'est pas précisément le fait matériel de Texistence de rÉglise catholique qui est l'objet de notre foi , c'est la nature diirine du fait. Par ces mots : « Je crois la sainte Église catholique, » nous professons que le diirin Sauveur a mis le sceau à son œuvre et a pourvu au salut du genre humain par l'institution et la conservation, jusqu'à la fin des siècles, d'une Église ou société religieuse capable de sanctifier tous les hommes, c'est-à-dire, d'offrir à tous la loi pure de Jésus-Christ et tous les moyens qui peuvent en faciliter l'accomplissement. Il y a là, comme vous le voyez, un acte de foi non-seulement à l'institution divine et au gouvernement surnaturel de l'Église, mais encore un acte, au moins implicite, de foi et de soumission à l'enseignement et aux prescriptions de l'Église.
Or, cet article de foi était d'une absolue nécessité, car il est fondamental. Otez la foi à l'esprit de Jésus-Christ, toujours présent dans son Église, enseignant, guérissant et gouvernant toujours les àmcs par l'organe de ceux à qui il a dit: AlleZy enseignez, baptisez.,. Qui vous écoute^ m'écoute^ etc., qu'arrive-t-il ? La foi à tous les articles qui précèdent et qui suivent celui-là s'évanouit comme un songe. La foi ellemême au Dieu tout-puissant devient une fable, tt la morale du Décalogue n'est plus qu'une superstitieuse et barbare oppression de la liberté humaine. Pour les esprits capables de lier trois idées, il n'y a jamais eu, il n'y aura jamais de milieu acceptable entre ces deux partis : ou croire Jésus- Christ parlant par l'Église, ou ne croire qu'à soi, c'est-à-dire ne croire sérieusement à rien.
D. Le protestant vous dira : Je crois à Jésus-Christ par la Bible !
B. Si le protestant qui tiendrait ce langage était un sincère croyant de la Société biblique, je le prierais de m'apporter sa Bible; et quand le livre serait là, je lui dirais : Comment savez-vous, mon ami, que ce livre, traduit hier
LrvRB iK 268
par un de vos ministres et sorti des presses allemandes, suisses ou hollandaises , est l'envoyé du Christ auprès de vous? Votre Bible (dont la partie du Nouveau Testament n'existait pas encore) était-elle parmi les disciples qui reçurent les adieux du Sauveur ? Supposé qu'elle f&t là, et que ce soit à elle que le Christ ait dit : Allez ^ enseignez toutes les nations^ apprenez-leur à observer toute ma loi ! ètes-vous sûr qu'elle se soit conservée pure de toute altération en traversant les quinze siècles durant lesquels le papisme a, selon vous, tout corrompu, tout souillé? Enfin, combien votre Bible a-t-^Ue ressuscité de morts pour vous faire admettre ce fondement de la foi protestante : La Bible contient toute la religion de Jésus-Christ ^ etj pour l'y trouver^ il suffit de la lire? Il me paraît à moi que, pour accepter un tel dogme, il faudrait au moins avoir vu un cimetière rendre à la vie les géuérations dont il contient les cendres. — MettODS que vous autres, enfants du libre examen, vous sojee de meilleure composition que les croyants du papisme, et que vous admettiez sans raison et contre toute raison la divine mission de votre Bible , voici une autre difficulté.
Votre Bible contient plus de trente-quatre mille versets. Veuillez bien m'indiquer du doigt les textes qui établissent évidemment la vérité des articles du Symbole des apôtres, symbole que presque tous vos catéchismes ont conservé. Ces textes, voilà plus de trois siècles que vos théologiens les cherchent, et, comme ils ne les trouvent pas, la plupart d'entre eux ont jeté au ruisseau et le Symbole et la Bible. Au lieu de vous morfondre à découvrir ces textes, il vaudrait infiniment mieux, mon cher frère, méditer le sens de cet article de la foi de tous les siècles chrétiens : « Je crois la sainte Église catholique. » En effet, au tribunal de Jésus- Christ, où d'un jour à Faulre vous pouvez paraître, de deux choses l'une : ou le juge suprême acceptera la Bible pour base de votre jugement, ou non; dans le dernier cas, à quoi vous serviront vos études bibliques? Dans le premier
866 LA PHILOSOPHIE DIT CAféCtiISME CATHOLIQUE.
cas, que répondrez-vous, alors que le Christ, Vous signalant cent passages où il comtriande l'obéissance à l'Église qu'il a fondée par son sang, et déclaré déjà condamnés ceux qui lui résisteront, il vous dira : Montfez-rftoi la page où les auteurs du Nouveau Testament m'aient fait dire : Malheur à qui ne lira pas la Bible !
Voilà ce que Vaû peut dire aax pauvi*cs dnpes( de la Sodété biblique, société qui serait le comblé de Pexfravagance religieuse, si elle se proposait un autre but que la destruction de la foi catholique.
Quant au protestant judicieux et de bonne foi, je lui dirais : Laissons là, Monsieur, la discussion de votre principe pour en contempler les fruits au grand soleil de l'histoire contemporaine. Vos pères du dix-septième siècle nous accusaient d'exagération et d'injustice quand nous leur disions : « Votre principe du salut par la foi à la Bible entendue dans le sens de chacun ^ est la divinisation de toutes les idées folles, de tous les désirs criminels qui peuvent surgir dans l'esprit et le cœur des hommes. Quand votre principe aura fait son chemin et aboli chez vous , affaibli chez nous , le fonds de foi catholique qui reste dans les masses, on verra reparaître, sur la plus grande échelle, la gUerre de vos paysans (de 1524 à 1535), massacrant les seigneurs, au nom de la Bible-religion, incendiant leurs châteaux et se partageant leurs femmes et leurs biens. » — Avions-nous tort de parler ainsi ?
Vous osez eticore vous plaindre et nous accuser de manquer de tolérance en matière de pensée religieuse,' quand, réfutant les fausses idées que vous en donnent vos ministres, nous vous expliquons dans son vrai sens Téternelle maxime : Bors de V Église point de salut 1 Éh bien, soyez conséquents à vos principes, et accusez franchement d'intolérance les trois millions de baïonnettes qui s'obstinent à défendre nos vies, nos propriétés, Hionneur de nos femmes, de nos sœurs, de nos filles, contre la liberté de penser et d'agir de l'église socialiste. — Qa'attendez-vous donc, protestants ju-
ttrUÈ n. 20Î
dicieiix et honnêtes, pour reconnaître l'évidence de ces trois axiomes ?
Le droit divin et humain de tout penser en religion impliqué nécessairement le droit divin et humain de faite tout ce qu'on pense dévoila, ou du moins pouvoir faire. — Il y a une révoltante intolérance à vouloir interdire et punir le mal, là où il n'existe aucune autorité morale divinement chargée de définir le bien et le mal, d'enseigner l'un et de condamner l'autre. — - Donc, hors de l'Église établie par Jésus- Christ pour faire connaître aux hommes le vrai bien, le vrai mal, inspirer l'amour de l'un et l'horreur de l'autre, il n'y a, il ne peut y avoir de salut ni pour les saines doctrine!^ ni pour les bonnes moeurs et les vertus qui sauvent les Ames et les corps dans ce mondé et dans l'autre.
Quoique les événements aient singulièrement abrégé nos controverse!^ avec l'hérésie touchant l'Église, il serait toutefois à propos de dire un petit mot des caractères de la véritable Église.
D. Quels sont ces caractères ?
B. Dans les explications que le Symbole de Nicêe a dû ajoute^ au Symbole des apôtres pont prémunir les fidèles contre les séductions de l'hérésie, nous déclarons croire l'Église une, sainte, catholique^ apostolique.
Une, — Je n'ai ni le temps ni la volonté de citer ici les mille passages des livres saints qui célèbrent Yunitê de l'Église fondée par Jésus-Christ. Deux questions seulement, que vous voudrez bien méditer.
1** Quel est le but manifeste de l'incarnation du Fils de Dieu, de tous ses enseignements, de tous ses vœux, de toutes ses souffrances, de toutes ses institutions? N'est-ce pas de réunir en un seul troupeau^ sous un seul pasteur ces brebis si horriblement divisées, fourvoyées et exploitées par les cent mille faux pasteurs que leur a donnés Satan, celui qui est homicide dès le commencement ? Cette union de tous les hommes dans les liens de la foi à sa parole et de son amour, ne veut-il pas qu'elle s'élève jusqu'à la pet-
fection de l'unité divine ? Père sainte conservez en votre nom ceux que vous m'avez donnéSyafin qu'ils soient un comme nous !... Je ne prie pas seulement pour eux (les apôtres), mais encore pour ceux qui croiront en moi par leur parole^ afin que tom ne soient qu'un. Comme vom^ PèrCy êtes en moi et moi en vouSy qu'ils soient de même un en nous, afin que le monde croie que vous m'avez envoyé (1).
T Quel est le plus grand besoin spirituel et matériel des hommes ? N'est-ce pas leur union dans la manière de voir et de sentir? Comment unir les cœurs quand les esprits sont divisés, opposés ? lilt quand les coeurs sont opposés, comment empêcher les mains de s'armer les unes contre les autres ? Point d'ordre moral possible là où il n'y a pas accord sur les données fondamentales et complètes de la religion. Point de liberté morale et religieuse, là où, faute d'une croyance commune, les masses sont livrées sans défense à lexploitation de tous les fripons et visionnaires.
Rélléclîissez un peu à tout cela, et vous verrez qu'il en résultera la souveraine évidence de ces deux conclusions : 1° l'existence d'une Église une dans sa foi et ses préceptes est la condition sine qua non de l'ordre et de la liberté ; 2*^ ils sont d'une incomparable ignorance ou mauvaise foi, ceux qui, nous accusant d'ignorer la pure parole de Christ (pour parler leur jargon), viennent nous dire : La volonté de Christ est que chacun ne croie qu'à sa Bible.
Sainte ! — L'Église de Jésus-Christ, une comme son fondateur, une comme l'origine et la destinée de ces hommes qu'elle doit conduire à réternelle société du Dieu-un, doit être, de plus, sainte et sanctifiante. On ne voit pas, en effet, que, en instituant son Église, le Sauveur se soit proposé un autre but que celui de l'appliquer à la perfection des saints, à Vœuvre du divin ministère j à l'édification du corps mystique du Christ, laquelle consiste à nous faire rencontrer tous dans Vunité de la foi et de la connaissance du Fils de Dieu, dans
(0 Saint Jean, xvn^ n, 20, 21.