LIVRE II
ceux à qui vous remettrez leurs péchés, ils leur seront remis; ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus (1) ?
Si les champions de l'hérésie n'étaient pas possédés de l'esprit d'ignorance et de manvaise foi que le père du mensonge souffle à tous ses ministres, ils verraient deux choses : l"* que c'est un très-grand blasphème contre Jésus-Christ et l'Esprit-Sainty que de nier l'existence dans l'Église du potir voir dé remettre les péchés, car l'Église, sainte et sancti" fiante^ n'existe, ne peut exister que par et pour l'exercice de ce pouvoir ; 2** que ce pouvoir s'exerce de plusieurs manières : d'abord, par la régénération baptismale, qui purifie le baptisé, soit de la tache originelle, soit des autres souillures qu'il aurait librement contractées; ensuite, par le sacrement de pénitence, seconde planche de salut pour le fidèle naufragé, et baptême laborieux^ comme l'ont appelé les Pères; enfin, par V onction dernière, dont l'apôtre saint Jacques dit : Et s'il est (le malade) dans les péchés , ils lui seront remis (2).
Laissons la démonstration de ces choses aux théologiens, et finissons par une réflexion éminemment philosophique : Sans la foi à la rémission des péchés ^ on ne peut faire avancer les hommes dans les voies de la vertu.
D. Je ne vois pas assez la raison de cela.
E. Vous allez la voir. — Quand Je parle de vertu, j'entends la vertu chrétienne, qui consiste dans l'intelligence et la pratique de toute la loi de Jésus-Christ. Il ne peut donc être question des honnêtes gens qui, après une vie tout humaine, toute sensuelle, disent : Je n'ai ni volé, ni violé, ni incendié, ni tué ; je peux donc paraître avec confiance au tribunal du souverain juge ! Je parle des âmes assez éclairées pour comprendre que l'exemption de ces énormités ne suffit pas pour vivre de la vie que le Sauveur exige de quiconque aspire à entrer dans la vie éternelle.
(1) Saint MaUhieu, XXVUI, 18-20. — Saint Jean, XX, 21-23.
(2) ÉpUre catholique, V, 15.
LA PHILOSOPHIE DU GATÉ^SHISME GATtfOLlQU£.
Or, je dis que ces Ames d'élite ne pentcnt entrer lA irtarlier d*uii pied ferme dans les voies de la yIc chrétienne, si in ne les fait pas sortir de ce doute terrible : « J'ai tout lien le craindre, j'ai mèine Irt certitude de m'être égaré, d'avoir ^offensé Dieu ; pnis-je espérer avec fondement que je suis maintenait! dans le bon chemin et que je li'ai qu'à continuer pour m'affermlr et grandir dans l'amitié de Dieu ? » Aussi longtemps que ce doute, d'autant plus cruciflant que l'âme est plus vertueuse, ne sera pas levé, il n'y a pas de véritable vie dans cette &me; il y a trouble, fièvre, agitation, angoisse ; et pour peu que cet état dure, l'agitation, selon l'Age ou le tempérament du sujet, monte au délire ou dégénère en atonie morale, en marasme.
Dans les églises séparées qui ont aboli le tribunal de la réconciliation, les âmes ardentes, unies à des corps encore ardents, se mettent en quête de moyens extraordinaires do se convertir, ou plutôt d'acquérir la douce certitude qu'elles possèdent Vespril de Dieu. Des prédications furibondes^ accompagnées et suivies de danses, de galopades^ de sauts, de cris, jusqu'à ce que, hommes et femmes, ne forment pins qu'âne masse de corps haletants et gisants pêl&-mêle sur le terrain, telle est une des recettes dont on use fréquemment aux États-Unis, et aussi ailleurs, pour faire descendre on soi V esprit de Christ . Ceux qui ont étudié sur place ces fameux exercices spirituels, connus sous le nom de Revivak, y trouvent beaucoup à redire sous le rapport de la moralité ; mais enfin I(*s personnes ([ui ont assez gambadé et hurlé pour perdre leur esprit et acquérir une fois Vespril de Christ, peuvent dès lors se tenir pour sauvées, quoi qu'il advienne, attendu le dogme calviniste de Yinamissibilité de la grâce ; dogme qui rassurait le protecteur Cromwell sur son lit de mort (1).
(1) « U (Cromwell) avait adopté une doctrine admirablement calculée pour calmer et tranquilliser les doutes de sa conscience : « Dites-moi, s'adressant à « Sterry, un de ses chapelains, est-il possible de déchoir de Tétai de grAce? — « Cela n'est pas possible, répondit le mini$«tre. — Alors, s'écria le mourant, je
Quant aux âmes qtie Fâge et dés habittides de réflexioÉi et dô tëfttf piirésetveftt du fanatisme, elles éprotivef ont éè que le mlnigtFe protestant Stapfer nous raconte de son A savant et si vertuettx coreligiontiaîre Albert de Haller î « Haller, sur la fin de sa vie, dans l'attente de sa comparution prochaine devant un tribunal sans appel, éprouva de vives terreurs. Les ministres de l'Évangile, dont il recherchait l'entretien, ne po'utaierit dissiper ces pensées sombres qu'il a exprimées, jour par jour, dans un journal publié après sa mort. Il paraît qu'iï n'étit pas, coûïme Pascal, le sentiment de la paix que procurent au chrétien la certitude du pardon et k joie d'une âme otiverte aux impressions de Tamoùr diviti : fees doutes, non èur l'objet des croyatices chrétieiïnes, inais sur son propre était spirituel, ne sehibleiit pas l'avoir pleinement abandonné (1). »
Que de nobles âmes, parmi nos frères errants, gémissent sous l'oppression des doutes qui empoisonnèrent la vieillesse du vertueux Haller ! Il faut leur dire : Mettez fin à vos perplexités, à vos angoisses, eU méditant les neuvième et dixième articles du Symbole, que vous récitez comme nous, et venez écouter cette Église qui, depuis le siècle des apôtres, n'a cessé de faire chanter à ses enfants cette consolante parole : Je crois la rémission des péchés ! Vous sentez vivement le besoin d'Uii envoyé de Jésus-Christ qui vous dise : Allez en paix , itioti frère , vos péchés vous sont remis ; ne songez pilus qu'à rendre votre vocation et élection de plus en plus cerlaine par l'abondance des bonnes œuvres (2) ! Puisque c'est là une des tiécessîtés de votre âme, ne pressentez-vous pas que ce doit être une des institutions léguées à son Église par le bon pasteUJr qui a livré sa vie pour le salut de votre ànie ?
« suis en sûreté ; car je sais que j'ai été une fois en état de grâce. » Dans cette conyiction, il pria, non pas pour lui-même, mais pour le peuple de Dieu. » Lingard , Histoire (F Angleterre,
(1) V. Mélanges philosophiques , littéraires , etc., par M. P. A. Stapfer, 1 1, p. 454.
(2) Deux. ép. de ftaint Pierre, I^ 10.
En refusant les moyens de tous instruire sur cette importante matière, tous seriez accusés, au tribunal du di^in Maître, par le cri de votre conscience et, comme dit saint Paul, condamnés par votre propre jugement (!)•