LIVRE II. â9tf
que j'ai établi ailleurs par des preuves que de bous juges ont trouvées très-suffîsautes : « Que ce n'est pas Dieu qu^ tourmente éternellement ses ennemis, mais que.ee sont se^ ennemis eux-m^mes qui font, de leurs propres mainSf lep apprêts de leurs tourments sans fin j en voulan^t existçr hors de Dieu et contre Dieu, et que, leurs misères dans Ter ternité étant rigoureusement proportionnées à Téloignement où ils auront voulu vivre de la source de tous les biens , la plainte contre la justice divine leur sera interdite , et qu'ils n'auront à maudire que leur propre folie et les aur teurs et complices de leur folie (1). »
Je me borne à vous dire ceci : Méditez bien les trois questions que je vous ai soumises , réfléchissez un peu à notre caractère moral, à notre pente excessive vers tout ce qui flatte nos trois grandes convoitises : orgueil, avarice, sensualité; et vous comprendrez quç , sans 1^ dogme de l'enfer nettement et cent fois formulé dans l'Évangile, on eût inutilemeut prêché à l'Europe la loi morale qui en a fait le centre des lumières et de la civilisation.
Cependant nous n'avons raisonné jusqu'ici qu'en philosophes, et nous avons négligé le point de vue le plus propre à dissiper les dbtites feur les deux éternités qui nous attendent?
D. Quel est ce point de vue ?
R. C'est le Calvaire. Considérez le Fils de Dieu sur la croix entre deux criminels. Son corps n'est qu'une plaie : sondez la plaie encore plus cruelle de l'àme, en inéditant les paroles qtd s'en exhalent : Êôn bien, mon bieu^ pourquoi m*avez-vou8 abandonné {2)?
Vous fondez vos objections contre l'érifer ëterhël isuf la charité de Dieu. Eh bien , cette charité, la voilà exposée au soleil de l'évidence humaine autant qu'elle peut l'être, (jne voyons-nous ?
(1) V. la Solfitim de grands problèmes^ X, I, cli. 24-Î6. -^ La Science de la vie, t. n, leçon ôOe.
(2) Saint Matthieu, XXVU, 46,
S96 LA PHILOSOPHIE DU CATÉGHlSME CATHOLIQUE.
Nous voyons d'abord que la charité de Dieu envers les hommes est d*une telle ardeur, que, pour dévorer les souillures qui nous rendent indignes de Féternelle société de notre Père céleste, elle n'a pas hésité à livrer au feu des plus effroyables humiliations et tortures l'àme et le corps du Fils unique. Nous voyons ensuite que cette charité divine, qui a une si grande horreur de nos iniquités, repoussera impitoyablement de son sein ceux qui, par leur obstination dans le mal , auront foulé atix pieds h Fils de DieUy souillé le sang de la nouvelle alliance^ et que, pour les adversaires^ que la flamme de lamour divin n'aura pu purifier, il n'y aura plus, comme dit saint Paul , que le feu vengeur de la justice dévorant éternellement leur ètre(l).
Assez sur le dogme terrible qui, seul , ne Mt pas les grands saints , mais qui est indispensable pour aider les pécheurs à devenir de petits saints, les petits saints à grandir, et les grands et petits saints à ne pas redevenir de grands pécheurs.
CONCLUSION