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quand le Dieu qui nous exhorte à nous rendre grands nous tend la main et dit : Courage , mes enfants , je serai avec Yous et j'aplanirai les obstacles? Et puis , si vous entendez que les hommes arrivât au royaume éternel sans efforts, quelle idée tous faites-vous de ce royaume, de Dieu, de sa gloire, de sa société ? Passons à une troisième question.
Jugez-Yous indigne de Dieu et des hommes le décret par lequel l'étemel législateur aurait statué que le temps de Fé* IHrenve serait 1 mité à la vie présente , et qu'au sortir de cette vie, chacun posséderait éternellement ce qu'il aurait semé et choisi dans ce monde : le bien infini pour celui qui aurait préféré le bien et l'aurait aimé, au moins à la dernière heure ; le mal sans fin, p(mr celui qui aurait quitté la vie avec une volonté dévouée au mal ?
D. Je vois à quoi je m'expose en répondant : non I J'espère tout concilier en distinguant : — « Oui, il est très^digne de Dieu de donner le bien infini aux amis du bien ; mais il serait très-digne, à ce qu'il me parait, de sa bonté, de dire aux amis du mal : Vous avez abusé de l'existence et invoqué le néant, je vous retire Texistence et vous donne le néant!
B. Au point de vue purement rationnel, je vous accorde que votre solution n'a rien d'absurde ; mais je maintiens que la solution donnée non-seulement par les chrétiens , mais par la foi constante de tout le mondCy selon le mot de Celse , est, philosophiquement, beaucoup plus acceptable. Entre bien des raisons, je me borne à deux :
1^ Pourquoi Dieu abrogerait-il les décrets, si dignes de lui et de nous, par lesquels il aurait voulu que les hommes existassent toujours, et que la plupart (ceux qui ne sortent pas de la vie avant l'heure du combat) concourussent librement à leur sort étemel? Et en faveur de qui, s'il vous plaît. Dieu se dédirait-il ainsi ? — ^En faveur de misérables qui n'ont usé des bienfaits de la vie que pour se moquer de ses promesses et de ses menaces. — Mettez de côté la sensibilité folle, et vous verrez que la pensée philosophique concevrait
difficilement une telle complâisanee , t)oup ne pài dire faiblesse, dans le législateur qui seul peut âir6 : L'tibthme thange^ mais je ne change pas, mot/
2** Admettie» le doute sur ce point capital ; -ions aufez beau enlaidir votre enfer temporaire du fait-e le gbuffre du néant plus affreux qu'il n'est; le frein moral par exi;elleqce est brisé, et les hommes échappent à toute éducation mdrale un peu sérieuse. Je défie tout moraliste chrétien, digne de ce nom, de me contester ce fait Entre cent témoi- ^ages, je ne vous citerai que celui d'un philosophé du dix-huitième siècle, qui ne fut guère cbrétieh que dans sa dernière maladie. « Une fatale expérience, dit Tacadémiciën Thomas, prouve que Fétemité des peines , quelque terrible qu'elle soit, n'est pas trop forte pour nous détourner dii crime. Cette punition est donc proportionnée au but que s'est proposé le législateut* suprême^ de prétenir, autant qu'il se peut, l'infracti^^n de ses lois. Si elle est proportiohnée à ce but, elle n'est donc point injuste. I/expéri^oe, en prouvant sa îiécessité, eh démontre la justice (1). »
D. Je sens la force de ces considérations ; mais Quelle proportion peut-il y avoir entre des parements paissagers et des châtinients éternels P
R. Je n'ai pas le temps de vous mohtrer ici une chose indubitable pour le philosophe Inoraliste : qu'il n'y a rien de passager dans l'acte intérieur par lequel l'âme se détermine à violer librement, sciemment, un point grave quelconque de la loi divine \ que c'est là dire à Dieu \ Je ne veux pas de votre loi ! et que si le coupable est saisi par la moH en cet état de révolte formelle, . le souverain juge a tottb lés droits imaginables de lui dire : Ta vohmii soit faite : tu n'as pas voulu de moi; à mon tour, je ne veux pas de toi!
Je n'àl encore ni le temps ni la volonté d'établir ici ce
(1) Voy. ses Réflexions philosophiques et littéraires sur le poème de la Religion uaturelle.