LIVRE III
ferai peint d'image taillée ^ ni aucune ressemblance des choses qui sont là-haut dans les deux, ici-bas sur la ttrre^ et dans les eaux sous la terre (1).
B, Si la suppression de ces paroles est une altération sacril^e du premier article de la loi, comme le prétendent les enfieuits de Zwingle et de Calvin, le premier coupable, c'est Jésus-Christ. Interrogé par les pharisiens : Maître^ quel est le grand commandement de la loi ? U répond : Vous aimerez le Seigneur votre Dieu de tout votre cœur y de toute votre âmcj de tout votre esprit. C'est là le plus grand eommandement et le premier. Cette traduction de la première parole du Sinai parut si juste aux pharisiens, qu'ils restèrent muets.
L'Église catholique a donc eu qudque raison de ne voir, dans les paroles que vous citez, qu'une défense locale, tem« pondre, intimée à un peuple demi-idolàtre , entouré de peuples qui adoraient tout, excepté le vrai Dieu. Appuyée sur l'interprétation du divin Maître, elle a cru qu'au grand soleil de la révélation évangélique, le monde pourrait adorer Dieu en esprit et en vérité, sans que l'on fût obligé de lui interdire, en matière religieuse, l'usage légitime de l'imagination : la peinture, la sculpture, etc. i^s prophètes du seizième siècle, Carlstadt, Zvringle et Calvin, condamnés en cela par l'archiprophète Luther, en ont jugé autrement. Armés de la parole : Tu ne te feras point d'images^ etc., ils ont brisé, brûlé une infinité de chefsd'œuvre de Fart chrétien, converti les églises en temples nus comme un hangar, froids comme une glacière. II n'a pas tenu à ces sauvages bigots que, vers l'an 5530 du monde, l'Europe ne rétrogradât à Tan 1500 avant Jéras- Christ.
Quel a été le résultat, pour la piété chrétienne et la moralité publique, de ce puritanisme plus que pharisaïque? Ce résultat a été des plus déplorables. Les beaux-arts, ex-
802 LA PHILOSOPHIE DU CATÉGHlSME CATHOLtQtJE.
dus des temples où ils s'ennoblissaient par leur Goncoars à l'adoration du Dieu vivant, se sont dégradés et ont travaillé à la dégradation générale du goût, des mœurs et de la pensée, en relevant les temples des dieux morts. Eux qui, sous linspiration catholique, ne voyaient dasns la chair que r organe et la forme sensible de Tesprit, et dans le monde matériel que le symbole du monde itivisible, en sont revenus à l'inspiration païenne, qui emploie toutes les forces de l'esprit à faire resplendir les beautés de la chair et à changer l'univers en un temple d'idoles.
Le culte païen du visible et du nu , réhabilité d'abord par les hellénistes , a été redevable de ses désastreux pror grès à la dénudation des temples par le protestantisme dans la terre classique de l'esthétique chrétienne : l'Allemagne. Gœthe et son éco^e, maudissant ]& révolution morale qui a substitué la Fierge pâle et maladim à la Fénus antique^ et à la perfection idéale du corps humain fepré^enté par les dieiuxi de la Grèce^ la maigre image d'un crucifié tiraillé par quatre elous; — Croethe^ plaçant devant son lit la tête colossale de Jupiter^ afin qu'il puisse à son réveil lui adresser sa prière du matin I — ^ Hegel, déplorant la mort de toute poésie par le triomphe des chimères religfieuses du Galiléen sur la belle religion des Hellènes I — r Louis Feuerbach, le chef de la jeune école allemande , exprimant de mille manières son horreur pour le sup&rnaturalisme de la superstition èvangèlique, et invitant ses lecteurs à adorer le néant et la mœrt, plutôt que le Christ ; Feuerbach, dont on a dit qu'il serait VAntechristj si le dioHfieumème siècle devait voir la fin du monde {\)\ voilà un des fruits , en Allemagne, de la haine aveugle des premiers réformateurs contre l'esthétique chrétienne.
L'imagination exerçant une irré3ijstiblQ influence sur les ftmes, la religion qui ne s'empare pa^ de cette faculté, n'est
(1) Voy., sur les doctrines Oe Tantichristianisme allemand, un article de la Liberté de penser, numéro du 20 novembre 1850.
plu8 qu'une ^))str44iop, et si, a\ec cela, elle veut imposer des devoirs, ^Ue devient ridicule et odieuse. C'est assez dire le cas que vous devez faire des déblatérations du calvinisme contre les corruptions idolâtriques des papistes, et des stqpides louanges qu'il chante toujours à la gloire des auteurs (Je la p}us stupide des réformes. Revenons à re}|amen du grand précepte.
Résumé 4ans la f^ar|té, q^i «lle-mème résume toute la loi, ce précepte contient en germe l'universalité des vérités à croire et des vertus à pratiquer. Son but est de détruirq l'erreur qui enfante et nourrit toutes nos erreurs, le vjp<? qpi produit et fomente fpus nos vices. Ne regrettez 4qpq pas le t^n^ps qii^ yqu^ mettrez à l'étude de ce compaaq^emeqt, étude douf je pe pieux yqïis offrir qu^ l'ébauche 4^^ les piirdgraphes SHiTaiits.
Comment le premier commandement détruit l'erreur des
erreurs et le vice des vices.
D. Quelle est cette erreur des erreurs? ^ R. C'est l'idée qu'il y a plus d'un Seigneur Dieu, ou que, s'il n'y en a qu'un, il pourrait bien se trouver dans notre adorable personne.
Si absurde que soit cette idée dans un être raisonnable qui ne peut se dissimuler qu'hier il n'était pas et qu'âujourd^hui il n'est qu'un atonie pensant dans l'océan des êtres, il n'en est pas moins vrai qu'elle obsède toute âme venant en ce monde. On ne s'en défend pas sans de grands, de continuels efforts. Alors môme que l'esprit est bien convaincu que notre divinité est là folie des folies, le cœur ne laisse pas d'en être flatté, et vingt fois le jour il se surprend dans l'adoration de lui-même. Les saints les plus avancés dans l'amour divin et le mépris d'eux-mêmes étaient inconsolables de ces tendances impies et sacrilèges de leur âme à usurper la place du Très-Haut ; ils s'en plâi-
gnaient à Dieu et lui demandaient la faveur d'en être délivrés, au moins quelques minutes avant de sortir de ce monde.
Oui , c'est bien là l'erreur des erreurs, le foyer de fous nos égarements : qui n'a pas senti ce foyer dans son ftme, a toujours vécu hors de soi, préoccupé du culte de sa chair.
C'est Terreur qui perdit celle des intelligences angéliques qui, la première, se détourna de la vérité et devint le père du mensonge^ en disant : Je serai semblable au Très- Haut (1). C'est Terreur qui perdit nos premiers parents, séduits par cette parole : Vous serez des dieux. C'est Terreur qui, après avoir couvert le monde d'idoles et de dieux ridicules, ne sort des absurdités de Tidolàtrie que pour se jeter dans celles du panthéisme, de Tathéisme, et dire : « Les religions ne sont toutes que Tœuvre de la sottise humaine ; pas d'autre dieu que le monde, pas d'autre monde que celui que nous voyons de nos yeux, que nous palpons de nos mains ! »
Enfin , c'est Terreur qui fomente et exalte le père de tous les vices.
D. Vous voulez sans doute parler deTorgueil?
R. Oui, de cet oi^ueil dont il est écrit, qu't7 est le principe de tout péché, qu't'I remplit d'abominations celui qui s'y abandonne, et le pousse à la dernière des ruines (2).
L'étemelle manie de l'orgueilleux est de se poser, d'abord, l'égal du Très-Haut; puis, de supprimer celui-ci. Une fois en possession de la divinité, il lui faut une religion. Or la religion de l'orgueilleux consiste en trois choses :
V L'orgueilleux adore son esprit. U ne voit de sagesse qu'en lui-même. Sa raison est la lumière des lumières^ l'autorité des autorités y l'unique autorité, k laquelle t7 s*en réfère sur toutes choses. S'il est assez franc et logique pour suivre jusqu'au bout Tinspiration de l'orgueil et l'exprimer
(I) Isaïe, XIV, 14. — S. Jean, VIII, 44. Scelésiast,,Xf1'i6.