LIVRE III
nettement, il arrivera bientôt au paroxysme de la folie et de la rage, et dira à Dieu, avec Fauteur du Système des con^ tradiciions : « Retire-toi y esprit menteur , Dieu imbécile : ton règne est fini ! Cherche parmi les bétes d'antres victimes (1). » Dien ainsi détrôné, le vainqueur n'a plus qu'à occuper la place et à humer l'encens de Funivers. En effet, le genre humain à qui il vient d'apprendre que « Dieu, c'est sottise et lâcheté; Dieu, c'est hypocrisie et mensonge; Dieu, c'est tyrannie et misère; Dieu, c'est le mal (2); » le genre humain, dis-je, reconnaissant d'un tel bienfait, doit nécessairement dire : L'être qui nous a appris à n'être plus ce qu'ont été jusqu'ici tous les hommes, des biles sottes et lâches j tyrannisées par le mensonge et l'hypocrisie j mérite nos hommages ; et le vrai Dieu , c'est l'athée Proudlion. Si l'orgueilleux s'arrête au déisme , il ne niera la religion révélée que pour se donner le droit de révéler une religion naturelle. S'il admet la révélation chrétienne , comme font le schismatique et l'hérétique, il déniera à l^glise le droit de l'interpréter, pour se l'arroger à lui-même.
En somme , l'athée ne nie Dieu que pour se faire dieu ; le déiste ne nie le Dieu révélateur que pour être lui-même révélateur; le schismatique et l'hérétique ne se révoltent contre l'Église fondée par Jésus-Christ, que pour la gloire de fonder des églises. Athéisme, déisme, hérésie, schisme, telles sont les principales formes sous lesquelles les esprits orgueilleux s'adorent et se font adorer.
2® L'orgueiUeux adore la matière. Comme l'athée ne veut rien voir au delà de la vie présente ; comme le déiste ne sort jamais du doute au sujet de la vie future ; comme le schismatique et l'hérétique , une fois hors de la véritable Église, errent à tout vent de doctrine ; il est inévitable que leurs afiTections et leurs convoitises se tournent exclusivement vers les choses de ce monde, et qu'ils préfèrent les l)iens
(1) Proudhon, Système des contrad,^ cli. 8.
(2) md,
qu'il leur offre à des biens invisibles et futurs , sur l'existcfiice et l'acquisition desquels ils comptent très-peu. Alors même que l'orgueil ne \a pas jusqu'à jeter des doutes sur les promesses de la vie à venir, il n'en est pas moins le père de la cupidité. En effet, Torgueilleux tient à s'élever, à se grandir le jJus qu'il peut parmi les hommes , et , comme dans un monde où tout obéit à r argent (l), la richesse est la mesure de la considération et des honneurs , îl devient cupide par calcul quand il ne l'est pas par inclination. Or l'avarice est-elle autre chose que ce que l'appelle l'Évangile : une idolâtrie réelle, le transport à Targent et à la matière du service religieux et du culte qui ne sont dus qu'à Dieu (2)?
3® L'orgueilleux adore sa chair. Idolâtre de sa personne, et s'occupant très-peu de son âme , supposé^ qu'il croie en avoir une, il donne toute son attention au bien-être du corps. Celui-ci est le Dieu qu'il faut avant tout servir, parer comme une idole, logter dans de somptueuses demeures, gorger des plus exqiiises productions' de la terre, saturer de jouissances. Que les frais de ce culte d'un seul exigent beaucoup de victimes et réduisent un grand nomtre d'hommes à manquer du nécessaire, qu'importe à l'orgueilleux*^ Comme il se flatte d'avoir un esprit supérieur à tous les esprits , il croit aussi avoir une chair à laquelle toute chair doit être sacrifiée.
Infidélité ou mépris de la foi par l'adoration de sa propre pensée , cupidité' on adoration de la richesse , sensualité ou adoration de son propre corps , voilà toute la religion dfe l'orgueil ; et , avec un peu de réflexion , vous découvrirez aisément, je pense, dans cette religion, le culte des sept vices -; capitaux mentionnés dans le catéchisme catholique.
D. Oui, il est clair que l'orgueil, l'avarice, 'la luxure, ^ l'envie, la gourmandise, la colère et la paressé, sont com- — pris dans l'infidélité , la cupidité , la sensualité , qui toutes ^^^ -
(1) Ecclésiast.y X, 19.
(2) S. Luc, XII, 34; XVI, 13. —S. Paul, Épttre aux Éphés.^ V, 5: aw C0I0S8,, ni, 5.
LIVBE III. ^P7
trois, à leur tour, se résument dans le père de tous les vices, 1 orgueil.
R. Vous devez voir par là même que le prejiiîer com-
qu'il produit la vertu des vertus.
Comment le premier précepte produU la veriu des vertus.
D. Quelle e^t cette vertu des vertus?
B. p'est ^'humilité c)irétienne, que saint Bernard définit : Une vertu qui fait que Vhomme , s^ emnm^ant bien lui* mém^i devient vil à ses propres yeux (1).
L'humilité est la conviction 4âns l'esprit , le sentimen|; haj)ituel dans \e cœur, de cette vérité des vérités : Il n*y a qu'un seu{ Dieu, auteur et Seigneur de tous les êtres; nous sommes son œuvre , sa propriété , non la nôtre (2) ; à lui donc la gloire 4u bien qui est en nous , à nous le mépris dû au mal qui est notre ouvrage ! (l'est le contre-pied de l'orgueil 9 qui, construisant l'édifice de notre vaine grandeur sur l'ignor^ce de Dieu et de nous-mêmes , fait que nous tirons gloire de nos qualités, de nos bonnes œuvres , et que nous dissimulons nos défauts et nos vices, quand nous n'aK Ions pas jusqu'à les transformer en vertus.
Loin ^e dégrader notre âme, l'humilité la relève en Tint* liant au secret de la véritable grandeur. Elle nous place d'abord dans le vrai , et nous oblige à reconnaître ce que nous sommes en réalisé, des transfuges du néant, ([ui n'existent qvie par le fait ^e la bonté diviuQ* Une fois dans ia vérité, Dieu y est avec nous. U est haut, nous dit saint Augustin ; vous humiliez-vous , il descend pour vous re-
(1) De grad. hitmilit,