LIVRE I
génie tout-puissant qui, de tant de milliarda de chefs-d'œu- Tre, si contrastants entre eux, a formé un 3eul tout conciliant l'unité parfaite avec la variété iujQnie !
D. U ne resterait plus qu'à expliquer ce mystère : comment il y a des athées , et comment cette espèce s'est multipliée en raison des progrès scientifiques. Croyez-vous qu'il y en ait de sincères ?
fi. Laissant à Dieu le jugement des cœurs , je me borne à constater le fait, qui n'est ignoré de personne. L'athéisme a eu dans le dernier siècle de nombreuses écoles , et si aujourd'hui il ne compte que deux ou trois champions avoués , il n'en est pas moins certain qu'il a fait partout de grandes conquêtes , sous la forme moins hideuse du panthéisme et du scepticisme ; de sorte que la classe militante des esprits se divise nettement , de nos jours , en athées de catégories diverses, et en chrétiens plus ou moins prononcés.
Quant à l'explication du fait, elle est des plus faciles. Ignorance, irréflexion, orgueil, telles sont les trois causes, très-connues et très- suffisantes , du progrès de l'athéisme. Les deux premières expliquent ses succès dans les classes inférieures. L'instruction religieuse est l'unique moyen d'élever la pensée des masses au-dessus de la région des sens. Dès que cette lumière leur manque , elles sont sans défense contre les plus grossières erreurs ; prêchez-leur l'athéisme comme on le fait depuis longtemps , vous aurez beaucoup d'athées.
L'orgueil, avec l'aide des passions animales, crée les pré« dicants de l'athéisme. Et pour devenir fécond en productions de ce genre, l'orgueil n'a pas toujours besoin de monter à son paroxysme : la vanité y suffisait il y a quatre-vingts ans. Diderot niait Dieu dans ses écrits, par le même calcul qui le portait à se promener en robe de chambre et bonnet de nuit, dans les capitales du Nord, avec un laquais chargé de dire aux curieux : « C'est le philosophe Diderot ! » — L'astronome Lalande faisait parade d'athéisme , comme il affectait de manger des araignées en présence des dames ,
qui s'écriaient : Quel être inconcevable que ce M. de Ldlande ! Aujourd'hui que Fathéisine a perdu le mérite de la rareté, il faut (^ne ses fanfarons se distinguent par la ma^ nière de combattre. Les argumentations scientifiques étant moins possibles que jamais , on procédera contre Dieu à coups de manifestes. On lui dira à la face du monde : Retire-toi, auteur de tout le mal, spectre et bourreau de ma eonsdencel Je te hais , je t'abhorre de tout l'amour que j'ai pour la liberté ; assee longtemps tu as pesé Sur lé monde ; à moi la mission de briser ton joug sur la tête des peuples ! — QuerouleihTous? c'est là, comme l'accoutrement de Diderot et les araignées de Lalande, une manière de mettre le public en émoi et de faire dire à une infinité de badauds : Ce n^est pas un esprit ordinaire que ce M. Proudhon !