LIVRE III
gion, il suffira de mentionner : V ridolàlrie formelle, qui consiste à rendre à une créature quelconque le culte suprême qui n'est dû qu'à Dieu ; 2"* la participation aux cultes illégitimes établis par l'impiété, Thérésie, le schisme; 3® l'irréligion, qui comprend toutes les œuvres opposées au respect que l'on doit à Dieu , notamment le sacrilège^ qui est l'outrage fait à Dieu, dans les personnes, dans les lieux, dans les choses consacrés à son culte ; la simonie , ainsi nommée de Simon le Magicien, qui le premier voulut acheter les dons spirituels et en faire un objet de commerce ; 4° la superstition, qui a des variétés iimombrables, mais dont la plus criminelle est celle qui recourt au démon pour en obtenir des effets merveilleux (magie), la science des choses futures ou cachées (divination), le mal du prochain (maléfice), etc. Vous trouverez facilement dans les livres spéciaux les détails sur cette matière, dans lesquels je ne peux entrer.
D. Oui, et ces détails sont moins nécessaires dans un siècle comme le nôtre, où Satan réussit mieux à perdre les hommes par Findilférence que par la superstition et la foi aux sorcelleries.
R. Vous pourriez vous tromper : jamais les hommes ne sont plus près de la superstition et de la foi aux sorciers, que quand ils s'éloignent de la foi catholique et de la soumission à l'Église. C'est l'avis d'un auteur contemporain , Irès-versé dans ces matières, et qui, avant de consoler l'Église par son retour et ses excellents écrits, avait eu le malheur de vivre et d'écrire en incrédule. « Ce qui peutêtre n'a pas été remarqué suffisamment au milieu des clameurs intéressées des philosophes, dit M. Collin de Plancy, c'est que les seuls hommes qui vivent exempts de superstitions sont les fidèles enfants de l'Église, parce qu'eux seuls possèdent la vraie lumière. Les douteurs au contraire semblent tous justifier cette grande parole , que ceux qui se séparent de Dieu ont l'esprit fourvoyé ; car, parmi eux, les plus incrédules sont aussi les plus superstitieux. Ils re-
poussent les dogmes révélés; et, comme Johnson, ils croient aux revenants; comme Rousseau, ils ont peur du nombre treize ; comme Bayle, ils ont un préjugé contre le vendredi ; comme Volney, ils recherchent Texplicatiou des songes ; comme Helvétius , ils consultent les tireuses de cartes ; comme Hobbes, ils étudient l'avenir dans des combinaisons de chiffres ; comme Voltaire , ils redoutent les présages. On a cité un savant de nos jours qui poursuit Télixir de vie ; un mathématicien célèbre qui croit les éléments peuplés par les essences cabalistiques ; un philosophe qui ne ^It pas s*il croit à Dieu , et qui exécute les cérémonies du grimoire pour faire venir le diable (I). »
L'aveuglement des hommes n'ira jamais jusqu'à se persuader qu'ils sont les plus grands des êtres. Si la vraie religion ne les met pas en rapport avec le Père tout-puissant, ils s'efforceront d'entrer en commerce avec les esprits, les génies, les puissances occultes, et leur sacrifieront au besoin des victimes humaines. Toute la philosophie de Julien l'Apostat ne le préserva pas de ces abominables excès. Dans les embarras que lui créaient la guerre contre les Perses et sa rage contre la religion du Galiléen, il n'hésitait pas à' faire égorger des enfants et des femmes pour découvrir dans leurs entrailles le secret des dieux (2). Quant
(1) Préface du Dictionnaire infernal^ 8" édil. (Paris, 1844). — J'ai connu un vieillard plus que nonagénaire, qui depuis cinquante ans ne voulait pas entendre parler de Dieu, mais qui ne se mettait jamais au lit sans avoir adressé au diable une litanie passablement longue et des plus baroques. V. ce que j'ai dit des superstitions contemporaines , (f6 V Éducation de V homme, cb. 9.
(2) Voy. Dictionnaire infernal , art Julien^ C'est pocirtant de ce monstrueux bigot que le grave Montesquieu a écrit : Non, il n*y a point eu après lui de prince plus digne de gouverner les hommes. (De V Esprit des Uris, \. XXIV, cb. 10.) Les écrivains catboliques qui ont extrait de Bfontêaquieo de beaux passages en faveur de la religion , auraient mieux fait, ee semble, de relever la phrase que je viens de citer et quelques milliers di'aatres. Le christianisme n^a nul besoin des éloges du fkmeux président, mais il était à propos que les lecteurs chrétiens connussent Montesquieu tel qu'il est dans ses écrits : un trèS'honnéte homme^ qui se plait à poignarder ia religion tout en lui prodiguant des génuflexions et des coups de chapeau.