LIVRE IV
a suivi le mal, et rAmérique du Nord reconnaît devoir au moine irlandais Matthew l'introduction et le succès de ses sociétés de tempérance.
Quand nous admettrions comme un fait que, dans le culte extérieur de la personne et de ce qui contribue à sqn bien-être, les populations protestantes sont supérieures aux catholiques^ Ycrriez-vous là un avantage san^ inconvénients et qui puisse fonder une accusation contre l'influence sociale du catholicisme?
D. Le culte extérieur de la personne, sa bonne tenue, le soin de son bien-être, ne sont, il est vrai , qu'une partie de la bonne éducation ; mais je crois y voir un bien réel , u^ progrès louable , et aussi quelque fondement au reproche que l'on fait au catholicisme de favoriser l'apathie de se!5 croyants en ne stimulant pas assez leur activité personnelle.
R. Il est vrai que l'Église catholique dispense ses croyants de la sublime tâche à' inventer la religion de Jésus-Christ; mais après ce que nous avons vu des obligations du catholique, dans les deux livres précédents , vous devriez conjprendre , ce me semble, que le reproche fait à l'Église de favoriser l'apathie de ses enfants , de négliger i^ne partie quelconque de leur bonne éducation, est souverainement injuste.
Le catholicisme étant une religion positive et prêchant une morale qui tend à élever les hommes à la plus haute perfection, on ne peut sans iniquité lui imputer les vices et les défauts qu'il condamne. Le protestantisme, au contraire, rendant chacun juge de ce qu'il doit croire et pratiquer, est par là même responsable de tous les désordres que son principe autorise. Le catholique ne se démoralise que parce qu'il refuse d'user ou qu'il abuse des moyens d'édification religieuse que lui offre l'Église; c'est dire qu'il n'est vicieux qu'autant qu'il est anticatholique. Mais le protestant le plus désordonné dans ses mœurs n'en est pas moins bon protestant, s'il s'appuie sur quelque parole biblique. Le Mormon, ou Saint des derniers jours, qui prend trente
femmes à la fois et croit que tous les biens de la terre lui ont été donnés, est un très-légitime enfant de la liberté d'examen. Dire qu'il abuse du principe, c'est sottise. Là où il n'y a pas de règle fixe qui détermine le bon usage d'uu principe, le mot abus n'a pas de sens.
Ces observations préliminaires une fois posées , venons au fait lui-même , et reconnaissons d'abord deux choses : 1" que les prolestants se montrent généralement meilleurs que leur principe religieux , grâce au peu d'usage qu'ils en font ; 2** que les catholiques valent généralement beaucoup moins que leur religion, faute d'en user ou d'en bien user.
Reconnaissons encore que le principe protestant, si pernicieux qu'il soit par son résultat final, a néanmoins pour premier effet d'exalter l'individu en lui demandant de grandes choses. « Prends, lui dit-il, ce livre qui contient la pensée du Christ , et sois toi-même le pontife de ta religion ; car l'affaire religieuse est chose que le Christ a voulu régler avec toi. sans l'intervention d'aucun homme ! »
Ce langage tenu, sinon aux masses , du moins à la jeunesse studieuse, à la classe instruite , ne doit-il pas donner à l'individu une haute idée de lui-même? L'adolescent, l'adolescente, qui acceptent sérieusement la charge de trouver la religion du Christ perdue depuis des siècles (1), peuvent-ils ne pas nourrir un profond respect pour leur capacité et dignité personnelle ? Si ces jeunes révélateurs se trouvent en présence de la jeunesse catholique , ne devront-ils pas maintenir entre elle et eux la distance convenable entre les créateurs de christianismes et les sectateurs esclaves d'un christianisme tout fait?
D. Vous voulez parler de l'air rogue, empesé, sec et chagrin , que l'on observe généralement dans les populations
(1) « Ce que Rousseau a dit de la science s'applique enUèrement , moins un mot, à la religion : il Youlaic que l'enrant inventât la science; nous voulons que rhomme trouve sa religion. » M. le ministre Vinet, JEssai sur la mani' festation des idées religieuses, p. 390.