LIVRE
plutôt que de le renier? Des Romains , incontestablement Romains , il nous reste à peine quelques ossements, et en* core en devons-nous la conservation à la piété chrétienne.
Hais la postérité du Christ, l'immense famille qui adore dans Jésus-Christ le vrai Dieu devenu vrai homme pour réconcilier les hommes avec Dieu , ne la voyez-vous pas remplir l'Europe, l'Amérique , couvrir de ses nombreuses colonies l'Asie, l'Afrique, l'Océanie, tous les archipels des mers? Si les chrétiens ne forment pas la majorité des habitants du globe, ils en sont évidemment Télite , les irrésistibles dominateurs par leur supériorité morale et maté* rielle. Nonobstant le scandaleux abus qu'ils ont fait de leurs lumières et de leurs forces, leur religion est toujours la plus grande des religions, au jugement même de ceux qui la repoussent. Le brabme de l'Inde, le Siamois, l'adorateur du Bouddha vivant, ne disent-ils pas à nos missionnaires : La religion du Christ est plus belle , plus sainte que la nôtre, mais trop élevée pour nous, et aussi , à ce qu'il parait, pour un bon nombre d'Européens? Dans leurs édits , tantôt favorables, tantôt persécuteurs, les maîtres de la Chine ne désignent'ils pas le christianisme par le beau nom de religion du Seigneur du ciel ? Enfin , l'Âlcoran ne rendil pas hommage au Fils de la Vierge et à sa divine mission ?
Rapprochons maintenant ces deux faits. La moitié la plus éclairée de l'univers ne connaît Texistence des anciens maîtres du monde que par ouï-dire ; l'autre moitié n'en a pas le moindre souvenir. Au contraire, l'existence de Jésus- Christ est l'objet de la foi religieuse , le fondement des mœurs sociales des nations chrétiennes et d'une infinité de chrétiens disséminés sur tous les points du globe ; elle est l'objet du respect ou de la haine de tous les peuples non chrétiens. Comment donc croire à l'existence des Ror mains et douter de celle de Jésus-Christ?
D. Je ne vois pas ce qu'on pourrait opposer à ce raisonnement, sinon que , en donnant tous les chrétiens pour té-
74 LA PHlLOSOPUiE DU CATÉCHISME CATUOLIUUK.
moins parlants de rexistcnce de Jcsus-Cbidst» on &'expose à des mécomptes. Que l'ou considère comme tels la tourbe des chrétiens tièdes, indifférents, dont la foi ne se réveille que sous Taiguillon de la mort , soit ; le témoignage d'un bomme, au moment suprême, pèse plus que lea discourir l^ers dun viveur bien portant. Mais U faut distraira » ea me semble, les incrédules qui travaillent à détruire la mémoire du Gbrist et de sa loi ; et malheureusement le nombre n'en est pas petit.
B. Les incrédules ont concouru autant et même plus que personne à publier le nom de Jésus-Christ. Ne leur devons* jK)us pas les témoins par excellence de la vérité chrétienne, les témoins qui se sont fait égorger^ les martyrs? Depuis les persécuteurs du Christ en personne, qui, après avoir arraché à Pilate une sentence de mort , lui demandèrent des soldats pour garder le tombeau du crucifié , et scellèrent celui-ci de leur sceau, jusqu'aux athées modernes qui ont dit ; Abolissons la mémoire du Christ en proscrivant ses prêtres, en démolissant ses autels ou en y élevant des prostituées , à quoi ont abouti tant de manceuvres savantes et furieuses contre Toeuvre du Christ ? A mettre en évidence ce caractère à part du christianisme : il a grandi par tout ce qui devait l'anéantir : « U a résisté à tout : à la paix , à la guerre, auxéchafauds, aux triomphes , aux poignards, aux délices, à Torgueil, à Thumiliation, à la pauvreté, à ropulencè, à la nuit du moyen âge et au grand jour des siècles de Léon X et de LouisXIV (1). »
Au reste, nous n'avons pas besoin du témoigni^e des ennemis de la religion pour certifier l'existence de Jésus- Christ ; celui des vrais chrétiens est plus que suffisant.
D. On dira que ce témoignage est trop intéressé.
B. £u parlant ainsi, on dira une chose absurde. Qui donc a plus d'intérêt à connaître la vérité touchant le fait de l'existence de Jésus-Christ, et à ne pas l'admettre sans de
(1) M. ^e MaUtre, Considérât» sur la France.