I.1YRB
bonnes preuves ^ que le chrétien à qui ce fait impose des obligations si graves , si répugnantes à la nature ?
On M nail pai chrétien ^ on le devient (1). Incrédules par le fond de notre nature, qui répugne au frdn évangélique, nous restons toujours incrédules par quelque bout. On ne vit en chrétien qu'à la sueur de son front , par une lutte continuelle contre les séductions éternellement renaissantes de Tesprit et du cœur.
Il est donc très-vrai que les observateurs de la loi du Christ sont tous martyrs à divers titres et degrés. Ceux qui n*ont pas l'occasion de mourir pour leur foi, lui font du moins le long et dur sacrifice des désirs qui sollicitent leplusTàme des mortels* Or, je vous le demande, si Ton doit croire, comme dit Pascal, aux témoins qui se font égorgeTf ne faut«il pas tenir compte du témoignage des millions et des millions de chrétiens qui ont égorgé en eux le vieil homme pour vivre de la vie de Thomme nouveau P
D. G*est très-bien réfuter ceux qui prétendraient infirmer la preuve résultant de la foi universelle au Christ, en disant que les chrétiens sont témoins dans leur propre cause.Tou«tefois, ne faut-il pas reconnaître que Thabitude et Tentraînement de Texemple ont une grande part dans le christia*uisme des masses, et que beaucoup sont chrétiens plus par imitation que par conviction ?
B. Sans doute, dans la famille religieuse, comme dans la famille domestique et civile, les forts portent les foiblcs, et le nombre des faibles ne fait que mieux constater la puissance des forts. Là où vous voyez jouer des multitudes d'enfants de bonne mine et bien vêtus', comptez qu'il y a un grand nombre de pères et de mères laborieux et éco* nomes. De même, la faiblesse religieuse de la plupart des chrétiens, la pente qu'ils ont à retourner au culte des dieux d'or , d'argent et de boue , révèlent la force morale de ceux qui retiennent le christianisme dans ces natures demipaïennes.
(1) Fiunt, non nascuntur chrisliani. — TerliiHIcn , Apologét., XVIII.
Au reste, il ne faut pas s exagérer la puissance de Tàabiiude et de l'exemple en matière de foi catholique. Si vous expliquez par l'habitude la foi de nos pères du quinzième siècle, comment expliquer la foi des catholiques du dixneuvième, après tant d efforts de Tanticatholicisme sons toutes les formes pour nous faire perdre les habitudes de la foi ? Si les vieilles mœurs de F Europe vons paraissent une raison suffisante de ce qui y reste de foi catholique , où est la raison suffisante de la foi des catholiques de la Turquie, deTInde, de la Chine, du Tongking, etc.? Et puis, comment expliquerez-vous la foi de ces Européens des premiers siècles , qui ne purent embrasser la religion du Galiléen crucifié, sans rompre avec les idées, les habitudes, les mœurs, les institutions immémoriales de l'ancien monde, sans briser leurs affections les plus chères , sans encourir le mépris et la haine du genre humain, sans se faire brûler à petit feu, déchirer par les ongles de fer ou la dent des panthères et des lions , aux applaudissements unanimes des grands et de la canaille, comme l'atteste le païen Tacite (I)?
Enfin, il y a une habitude qui peut expliquer, jusqu'à un certain point, le triomphe et la conservation de la foi catholique, mais qui elle-même est naturellement inexplicable et formerait à elle seule une démonstration irrécusable de rexistence de Jésus-Christ.
D. Quelle est cette habitude ?
R. C'est l'habitude immémoriale des ministres et des fidèles de l'Église catholique d'aller avec calme , et même avec joie, à une mort souvent affreuse pour attester au monde que le Fils de Marie est le Fils de Dieu fait homme et immolé pour le salut de tous.
On peut disputer sur le nombre de nos martyrs (Dieu seul le connaît au juste); mais il est notoire qu'il se suppute par millions, depuis le diacre saint Étienue, lapidé à Jéru*
(1) i4Mna/.,lJb. XV, î'i.