‹ La Philosophie Du Catéchisme CatholiqueChapitre 215 sur 230 · LIVRE iV · texte numérisé non relu

LIVRE iV

les objections^ il faut porter la discussion au tribunal de la grande justicière des bavardages humains, la mort !

En effet ^ à quoi aboutissent toutes les objections contre la religion catholique? A nous dire que cette religion est mal faite et qu'il faut la refaire.

Et comment s'y prend-on pour nous persuader cela? Dq deux manières : Tantôt on fait appel à notre raison contre les prétendues contradictions du dogme catholique , et la conclusion est : « Tous ne pouvez croire cela sans être un grand sot. » Tantôt on fait appel à notre cœur contre le^ devoirs du catholique^ et la conclusion est : <^ Yous ne pouvez croire et pratiquer sans vous rendre malheu reux. »'

Eh bien! on abrège la discussion avec ces puissants raisonneurs en leur disant : « Tous vos raisonnements , Messieurs , ne nous empêcheront pas de mourir. Or, tant que nous resterons sous le coup de la mort, Fidée de se donner une religion meilleure sera pour le catholique le maximum de l'extravagance.

« Se donner une religion! savez-vous bien ce que vous dites ? Outre que , dans toutes les langues , religion veut dire loi divine ^ loi donnée par Dieu même, qu'est-ce qu'une religion qui ne sert pas à régler remploi de la vie et à nous rassurer contre les formidables mystères que couvre le tombeau ? C'est un non-sens, un mot au service des tartufes. La religion est une loi essentiellement pratique , qui doit diriger nos pas depuis le lever de la raison , au sortir du berceau, jusqu'à son coucher; il faut donc qu*elle nous arrive du dehors^ comme la lumière qui éclaire notre œil , comme la nourriture qui sustente nos organes. Le conseil de l'inventer est aussi sage que celui d'inventer la lumière et les aliments. Dans l'hypothèse absurde que je dusse l'inventer, j'aurais besoin de deux choses : du temps nécessaire pour une si belle découverte , et du temps nécessaire pour la mettre à profit, afin de devenir ce que Dieu et la conscience humaine veulent que je sois, un homme religieux. Si

VOUS ne pouvez me garantir ces deux choses, la tâche que vous m'imposez est plus que stupide.

« Vous dites que je suis un grand sot de croire ce que je ne conçois pas parfaitement, et ce qui , selon vous, heurte la raison. Eh bien ! si vous êtes capables de couler bas tous les mystères de la raison et d'ôter la cataracte à l'esprit humain , faites ! D'ici là , je croirai les mystères du catéchisme avec le monde catholique , et si la machine ronde porte une infinité de grands sots , ce qui est indubitable , j^aurai cent bonnes raisons de penser que ni moi ni mes frères dans la foi n'avons l'honneur d'en être.

a Vous me dites encore que, en pratiquant la religion , je me prive d'une foule de satisfactions , et que je me rends malheureux. D'abord , je voudrais savoir quelles sont les satisfactions qui peuvent tenir lieu du contentement de l'âme, qu'on ne goûte que dans la soumission à r%lise de Jésus- Christ. Je voudrais savoir s'il y a jamais eu au monde un catholique qui ait perdu cette paix intérieure en croyant et en pratiquant, ou qui l'ait trouvée en désertant aux incrédules. Et puis, parce que j'ouvre ma conscience au prêtre, parce que je jeûne, selon mes forces, Quatre-Temps, Vigile et Carême , que je m'abstiens de viande à certains jours , que je veille sur mes regards en présence de la fille et de la femme de mes voisins , vous dites que je me rends malheureux. Supposé que ces pratiques ne donnassent pas plus de satisfaction à l'âme qu'elles n'en retranchent au corps , vous iriez encore trop vite. La confession, le jeûne, les abstinences quelconques finiront à la mort , c'est-à-dire peutêtre dans une heure , au plus tard dans quelques années. Mais j'ai la conviction que mon existence ne finira pas , et que la mort sera le commencement d'une vie immortelle. Pour juger si je suis un être malheureux , il faudrait mesurer la totalité de mon existence, et vous n'en voyez qu'un rien.

« Vous me demanderez quelle garantie j'ai de la vie éternelle? Ma garantie, outre la croyance du genre humain,

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